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L’Unité dans la Diversité
Article : SENEGAL, Terre de la Téranga #1
Culture
9
12 janvier 2013

SENEGAL, Terre de la Téranga #1

Tour de Dakar : Attachez vos ceintures et c’est parti !

Parc Hann Mariste
Parc zoologique et botanique de Hann Mariste, vue du lac.                                     NathyK ©

1. L’hospitalité

Tu sais que tu es à Dakar quand même un inconnu t’invite à partager son plat de riz ! En effet, dans la culture sénégalaise, c’est inconcevable de croquer dans son bout de pain sans le proposer à celui qui l’entoure, quelque soit la taille de son quignon.

Je me suis plusieurs fois vue « obligée » de goûter à la première gorgée de thé d’un(e) ami(e) malgré le fait que je n’avais pas envie de consommer du thé à cette heure-là. Je ne compte pas le nombre de patients qui m’ont invités à prendre leur repas de midi avec eux. J’ai toujours du trouver des excuses bancales pour ne pas les rejoindre. Professionnalisme oblige.

Les sénégalais mènent une vie communautaire dans le sens où ça contraste avec l’individualisme européen. Rares sont les maisons habitées uniquement par le père, la mère et les enfants. Il y aura forcement un cousin, un oncle, une sœur, une grand-mère, un neveu ou même plusieurs amis de passage ou y vivant en permanence. Il y a toujours une place pour un autre à tout moment. Moi, en tant qu’étrangère, j’ai trouvé une communauté attachée à sa culture certes mais très ouverte aux autres.

En somme, venez et revenez sans crier garde, vous serez accueilli à bras ouverts. C’est ça l’esprit de la Téranga !

2. La courtoisie

Les sénégalais sont courtois. C’est le moins qu’on puisse dire, surtout venant de la bouche d’une camerounaise. Comme on dit au Cameroun : notre cas est laid ! (comprenez que bon nombre de camerounais ont un sang qui monte rapidement en ébullition et ils ne manquent pas de qualificatifs pour insulter copieusement autrui même quand ils ont tort).

Combien de fois ne m’a-t-on pas invité à m’asseoir dans le bus ? Vous voyez, ici l’intérieur des bus ressemble à ceux des métros. Il y a peu de places assises et la majorité de gens sont agglutinés dans l’espace autour. Autrement dit, nous y sommes comme dans des boites de sardines. Mais c’est au milieu de cette marée humaine angoissante que tu sens une main qui te tapote et un homme se lève et te cède sa place pour rien. Je wanda xxl (j’hallucine) ! Sans prendre ! Je dis merci comme si Dieu avait répondu à mes prières.

Je ne parle même pas alors des femmes enceintes, des personnes à mobilité réduite, ni des personnes âgées. Même si le bus est bondé à n’en plus finir, ils sont surs qu’ils passeront le trajet confortablement assis.

Autre fait marquant : lorsque l’intention de traverser la route me vient, c’est l’automobiliste qui s’arrête avant ma hauteur et m’encourage de sa main à passer devant lui alors que j’ai maintes fois failli finir écrasée sous les roues des taxis de Yaoundé lorsque je dandinais gaillardement sur le passage clouté !

3. Le coût élevé de la vie

Sans vous mentir, Dakar est l’une des villes les plus chères d’Afrique avec des loyers à 250 000 francs cfa le mois pour une maison de 3 chambres soit 380 euros. Et dire que souvent, c’est le locataire qui doit installer les compteurs d’eau et d’électricité en son nom, faire des réparations, en plus de payer la caution : c’est franchement ruinant !

Je fus une adepte de fruits et de légumes en tout genre, je me suis résignée. Quand une orange coute 300 francs cfa, une seule banane est à 150 francs et que je dois débourser 1000 francs cfa pour 3 doigts de plantains, j’ai deux choix : soit c’est moi qui mourra de malnutrition, soit c’est mon portefeuille qui va maigrir ! On dirait qu’il n’y a que les oignons et le riz qui sont abordables dans ce pays.

En fait, l’explication à laquelle j’ai eu droit est celle-ci : nous vivons sous un climat sahélien pas très favorable aux cultures. C’est pourquoi beaucoup de denrées sont importées et de ce fait chères (même les bananes viennent pour la plupart de la Côte d’Ivoire). Mais ce que j’ai trouvé hallucinant, c’est le fait qu’un vendeur préfère vendre sa marchandise à un prix élevé au risque de laisser pourrir une bonne quantité. Allez négocier un kilo de plantains toutes noircies à 800 francs cfa, vous avez peu de chance de faire plier le vendeur !

Malgré le coût de la vie, l’aventure à Dakar se poursuit dans la sérénité. On y est bien accueilli, c’est déjà ça 🙂

~0~

NathyK

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Article : Psychiatrie en Afrique : levée des préjugés
Santé Mentale
7
14 décembre 2012

Psychiatrie en Afrique : levée des préjugés

Fann Dakar
Devant la Clinique de Psychiatrie Moussa Diop, CHNU Fann Dakar.                 NathyK ©

Lorsque j’ai annoncé à mon entourage que j’allais étudier la psychiatrie, mes proches et connaissances se sont inquiétés à divers degrés et m’ont posé des tas de questions. Ce sont toujours les mêmes interrogations qui revenaient. Le plus drôle, c’est que quand je croyais avoir fini de calmer les appréhensions des plus anxieux, je me suis vue de nouveau interrogée par mes nouveaux collègues aspirant-psychiatres sur mes motivations à me lancer dans cette branche (heureusement que cette fois c’était pour sourire à la fin et me partager leurs expériences). J’en ai conclu que la psychiatrie dans son ensemble, et tout ce qui tourne autour, est encore mal connue de la population générale, du personnel de la santé et même de certains psychiatres (dans ce dernier cas, c’est paradoxal mais c’est vrai).

C’est également une science encore en plein développement, et beaucoup de recherches sont en cours pour mieux la cerner et l’apprivoiser. Ma deuxième observation était que les gens ont peur des « fous » et des psychiatres, et ils ont surtout peur que les psychiatres ne deviennent « fous » dans leur tentative de comprendre la « folie » dont souffrent leurs malades.

Il est clair que ce qui est inconnu fait peur. Tout comme on a peur de la mort, du noir, on panique à l’idée de devenir « fou ». En plus d’être un sujet tabou, la maladie mentale est un sujet de honte. Les malades mentaux sont incompris, discriminés et abandonnés. Les familles se sentent parfois impuissantes, parfois handicapées, et souvent les malades finissent errants ou pire, se suicident. Les raisons de ces faits sont multiples et nécessitent une étude très soutenue – dans plusieurs domaines – enrichie d’une enquête, ce qui n’est clairement pas l’objectif de ce texte. Mon souci immédiat est de sensibiliser un maximum de personnes à reconnaître l’importance de la santé mentale. Je préfère donc me pencher sur 5 points principaux en vue de répondre au questionnement fréquent de l’Africain sur la psychiatrie et de son utilité dans notre continent.

1/ La psychiatrie, qu’est ce que c’est ?

Généralement, il y a une grande confusion entre psychiatrie, psychologie, sociologie, philosophie et même médecine traditionnelle (ne riez pas) de telle sorte qu’on ne sait plus ce que c’est. Quelques commentaires pour illustrer mon propos : un intervenant (professionnel de la santé) avait proposé sur la page Facebook des Médecins du Cameroun, que les psychiatres devraient travailler de concert avec les tradipraticiens, et un autre avait avoué que lorsque les malades présentant des troubles d’ordre psychiatrique arrivaient à l’hôpital, ils n’étaient pas pris au sérieux, beaucoup de professionnels riant de leurs symptômes et certains leur demandant s’ils n’avaient pas trempé dans des pratiques mystiques.

Le mot « psychiatrie », inventé en 1803 par Johann Christian Reil, signifie « étude de l’âme ». La psychiatrie est une spécialité médicale traitant des maladies mentales.

On peut définir la maladie mentale comme un trouble :

  • qui touche au psychisme de l’individu ;
  • qui affecte son comportement et/ou sa pensée ;
  • qui entraine un retentissement important dont une souffrance de l’individu (sur les plans personnel, académique/professionnel, relationnel) et/ou une souffrance de son entourage.

Les causes de ces troubles sont multifactorielles. On peut déceler une participation  génétique, environnementale, carentielle, organique, psychologique, etc.

La psychiatrie est donc une branche à part entière de la médecine. Son appareil de référence est l’appareil psychique (énoncé par Freud) qui se manifeste physiquement via le système neurologique (le cerveau). Elle analyse l’homme dans sa globalité.

Ainsi on interrogera le patient, la famille même les amis qui accompagnent le patient. On écrira la biographie complète du malade, recherchera ses traits de personnalité et les éléments qui caractérisent sa dynamique familiale. Elle ne se limite pas aux fondements de la clinique mais va au-delà de ce qui est pré-établi, tout simplement parce que le psychisme de l’homme est capable d’une infinité de réactions et de productions. C’est d’ailleurs pour cette raison que chaque jour, on en apprend plus sur cette discipline et qu’il existe des écoles différentes de part leur raisonnement et leur méthodologie.

Puisqu’elle étudie l’homme dans son milieu de vie, elle doit côtoyer les autres disciplines telles que :

  1. La psychologie, qui est la science qui étudie les comportements humains. Le psychologue traite essentiellement par la parole. Il ne prescrit donc pas de médicaments.
  2. La sociologie et l’anthropologie : comprendre l’homme dans son environnement, son mode de vie, les codes de la société à laquelle il appartient, ses tabous, sa culture, sa religion, ses habitudes… permettent une meilleure prise en charge, adaptée à chaque patient. « Faites de la psychiatrie sur mesure » comme le dit bien le Dr Kaufmann, psychiatre et psychanalyste français.
  3. La philosophie, qui est l’une des bases de la psychiatrie. Ce qui est tout à fait compréhensible quand l’on sait que ces deux disciplines touchent au domaine de la pensée. Dr Ludwig Fineltain dit que « le questionnement philosophique promeut une réflexion critique salutaire à l’encontre des doctrines psychiatriques figées ». Et il ajoute que cette implication de la philosophie permet de dépasser les limites de la psychiatrie et d’avancer dans la recherche.

2/ Quelle est son utilité ? Tu vas soigner les fous ?

Selon l’OMS, la santé est un état de complet bien-être physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité.

L’utilité de la psychiatrie est d’aider le patient à rétablir son équilibre – en lui-même et entre lui et son milieu de vie, de l’aider à souffrir moins, ainsi que son entourage. Nous ne parlons pas toujours de guérison définitive (cela dépend des affections et des facteurs de causalité) mais on croit au moins en une stabilisation.

Le Dr Kaufman parle d’aider le patient à atteindre l’état du « mieux-être ». Si vous arrivez à faire disparaître de l’angoisse chez un patient, vous pouvez vous imaginez son soulagement, sans parler de celui de sa famille !

Les « fous » ne sont pas des êtres dénués de raison contrairement à l’opinion populaire. Certains sont dangereux ou même auteurs de crimes, mais ils représentent une minorité de la population psychiatrique et la plupart du temps, ceux-là sont gardés dans des unités spéciales.

Il y a aussi des schizophrènes qui sont tout à fait stables et qui occupent normalement leurs fonctions professionnelles. Ils peuvent aussi très créatifs. D’où l’intérêt de les aider à une réinsertion sociale. Il n’y a pas que les schizophrènes qui bénéficient de nos soins : il y aussi les maniaco-dépressifs, les autistes, les hystériques, les paranoïaques, les personnes atteintes de troubles obsessionnels compulsifs, de névroses phobiques, de troubles de la personnalité, des toxicomanes… Bref, nous essayons d’apaiser la souffrance des malades et de les aider à re-fonctionner dans la société.

3/ Est-ce que c’est une discipline adaptée au contexte africain ?

Plusieurs symptômes psychiatriques dépassent l’entendement du profane ; si le malade ressent par exemple des hallucinations sous la forme de visions d’êtres effrayants ou d’écoute de propos malveillants, d’impressions de pensées imposées ou même encore de sensations d’attouchements sexuels, il va le plus souvent devenir angoissé, agité, ou tenir un dialogue hallucinatoire.

En Afrique face à un changement de comportement de ce type, l’interprétation « raccourcie » sera de dire que l’individu a été envoûté par un membre de la famille qui le jalouse (surtout si c’était quelqu’un de prospère). Comme vous le savez, une accusation pareille est très lourde de conséquences.

Je fais remarquer que certains psychothérapeutes considèrent les guérisseurs traditionnels comme une sorte de psychanalystes. Encore faudra t-il faire la distinction entre guérisseur et charlatan. Je ne m’aventurerai pas à commenter cette affirmation car cela nécessite que le lecteur ait un prérequis technique. Je dirais juste que la psychanalyse est une filière de la psychothérapie qui n’est qu’un complément thérapeutique (en fonction des indications). Alors, non la pratique de la médecine traditionnelle ne peut remplacer toute la psychiatrie. Cependant, les ethnopsychiatres étudient cette collaboration.

Une autre raison est que ces maux ont une base scientifiquement prouvée, et que les médicaments prescrits agissent sur les neurotransmetteurs des cellules cérébrales. Si nous avons à notre disposition un moyen médical pour stabiliser un patient, alors pourquoi ne pas le faire ? A ce que je sache, la maladie mentale peut affecter n’importe qui. Donc, non la psychiatrie n’est pas une discipline faite uniquement pour les blancs.

4/ Utilisez vous un pendule pour hypnotiser les patients, ou les camisoles comme on voit dans les films ?

Non, nous à l’école de Fann (Dakar), nous ne pratiquons pas ces méthodes qui sont de plus en plus controversées.

5/ Pourquoi n’avoir pas choisi une autre spécialité ?

Une petite anecdote pour répondre à cette question : quand je disais que je vais faire de la psychiatrie, beaucoup entendaient pédiatrie, d’autres me demandaient si je ne pouvais pas faire cardiologie ou néphrologie, une autre personne m’a fait la remarque que ce n’était pas une « spécialité sexy ». Un dernier groupe m’a dit que je ne ferai certainement pas fortune en Afrique car d’après eux il n’y a pas de demande, les Africains n’y croient pas et en plus c’est un truc de blanc.

Bref, j’ai mis tout ça sur le compte de la peur du mystère psychiatrique. Le fait d’avoir pris le temps d’écrire autant de lignes centrées sur cette matière explique ma passion. J’aime les challenges. J’aime aller au-delà… Je veux comprendre l’homme. Je veux aider ne serait-ce qu’une personne à mieux se sentir dans sa peau. Je suis amoureuse de la psychiatrie !

  • Une vidéo d’information pour la route : Schizophrénie : dossier du magazine de la santé

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NathyK

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Article : La Guerre du Cheveu
Mémoires
2
29 novembre 2012

La Guerre du Cheveu

2011 a été l’année des conflits en tout genre en passant par le printemps arabe, la crise postélectorale ivoirienne, l’exacerbation des tensions israélo-palestiniennes etc. Je crois que 2012 est l’année du cheveu : de plus en plus de blogs Nappy, des réactions sociales à effet de masse (affaire Gabby Douglas).

Si bien que les chaines télévisées sud-africaines ont décidé de s’y mettre aussi, notamment avec la diffusion des documentaires « Good Hair » de Chris Rock (sorti en 2009) et de 3rd Degree de Debra Patta (Épisode : Politics of Hair) qui ont suscité des discussions tenaces et relevées, séparant d’un coté, les femmes qui veulent porter leurs extensions sans se sentir coupables et de l’autre celles qui défendent la cause du naturel.

Le cheveu est devenu le sujet qui fâche ! La façon dont on choisit de porter ses cheveux s’est substituée en une sorte une carte d’identité. L’écho de « I am not my hair » de la chanteuse India Arie retentit dans le vide. Le Pro-Gbagbo Vs Pro-Ouattara a laissé place au Pro-Solange Vs Pro-Beyoncé.

 

Cheveux, sujet de discorde ?! NathyK ©

Enfin bref, disons que c’est une drôle de coïncidence qu’au moment où je décide de laisser ma touffe s’exprimer au naturel (pour la deuxième fois), je tombe sur un lien assez intéressant sur Facebook (ça parlait d’un truc afro ou des relations hommes/femmes, je ne sais plus), le lien me dirige sur le blog d’un certain tonton Blingcool  qui est en fait un jeune français d’origine camerounaise qui rencontre pas mal de succès sur la blogosphère noire francophone…

En trois mots, je le décrirais comme quelqu’un de talentueux, marrant et pertinent. En tout cas à travers ses articles tantôt sur des sujets osés (racisme, communautarisme, sexualité, etc.), tantôt sur les narrations de ses aventures rocambolesques ou encore de ses souvenirs du « pays », j’ai pu revivre ces instants (oui virtuellement) de partage avec une personne qui a grandit plus ou moins dans le même milieu que moi, et qui comme moi s’interroge sur la vie voire observe le monde depuis son nuage.

Ça crée une sorte de lien et c’est justement pour cette raison/sensation que les artistes, écrivains, poètes inspirent le monde autour d’eux… car chacun se reconnait à un certain degré à travers leurs œuvres. Ils représentent la Voix du Peuple i.e. ce que tout le monde ou du moins un nombre considérable de personnes ressent mais n’ose dire, ne sait dire ou ne peut dire tout haut.

Bon, revenons-en au sujet du jour. Alors de ce blog, je découvre d’autres liens me transportant sur les pages de fashion/style « ethnique », notamment sur le site « Afrosomething » de Danielle Ahanda. Ce jour-là je tombe donc sur un article qui présentait le style de l’élégante Andrea Bomo, jeune journaliste, bloggeuse camerounaise et co-fondatrice d’Akouma TV. Les photos étaient super belles. J’étais épatée et hop je remonte vers le haut et que vois-je ? Les cheveux crépus bien coiffés à la rock/retro. C’était trop top quoi! Face à son apparence éclectique, je me suis dite « eh ben, il y a de la création/inspiration ici dehors » !!!

Ma curiosité me pousse donc d’aller de site en site (grâce aux liens des intervenants dans divers blogs) et j’explore donc la blogosphère du mouvement Nappy. Je lis des tonnes d’informations sur « comment faire pousser et entretenir les cheveux crépus ? »,.., « comment est né ce mouvement aux US ? » et surtout je contemple des photos de chevelure de rêve, de la chevelure afro sublimée, luxuriante et magnifique ( Yaya Da Costa, Fatou de BlackBeautyBag, Cipriana de blackgirlwithlonghair, Angélique Noire, Browskin ) à la couronne locksée type Nerissa Irving !!!

Bref, cela a duré plus d’un mois, tellement j’étais curieuse et passionnée par ce que je lisais. Et je peux vous dire que ce n’est pas prêt de s’arrêter, en tout cas je n’en ai pas encore à satiété, et tous les jours je suis excitée d’en apprendre plus.

D’après ce que je constate, il y a des « NAPPY » (contraction de Naturelle et Fière/Heureuse) qui prône le retour au naturel (certaines parce qu’elles ont constaté l’effet néfaste à court et à long terme du défrisant et par extension des produits chimiques sur leurs cheveux, d’autres pour lutter contre le regard que les gens ont du cheveu noir – en parlant de ça, on ne peut nier l’oppression et le lavage de cerveau qu’ont subi les afro-américains il y a quelques décennies, au point où certains en viendrait à appeler le cheveu noir : « slave hair », des « naturelles » qui ne s’identifient pas comme « NAPPY ».

De ce que je comprends, elles ne veulent pas supporter un quelconque mouvement ou entrer dans une certaine catégorie. Elles sont naturelles, un point c’est tout. Elles ont des motivations différentes. D’autres ont été défrisées dans le passé, au dépens de leurs cheveux (comme mentionné plus haut) et d’autres n’ont jamais sauté le pas (question de choix parental).

D’après mon interprétation des choses, le Mouvement Nappy en soi n’est pas un effet de mode mais un vrai retour au naturel c.à.d. pour y rester pour de bon (au point où celles qui auraient la mésaventure de voir définitivement la nature de leurs cheveux changées après un lissage au fer seraient prêtes à les couper). L’intention des Nappy n’est pas mauvaise à la base, contrairement à ce qu’on leur prête mais je pense que c’est la manière que certaines personnes choisissent de véhiculer le message qui peut parfois mauvaise impression.

Enfin sur certains sites, j’ai cru lire « converties », « le cheveu défrisé n’offre pas beaucoup de possibilité de coiffure » et ce genre de termes ou d’affirmations peuvent prêter à confusion ou mettre la pression sur les « non-converties » qui pourtant sympathisent avec le mouvement ou utilisent ces conseils pour leurs cheveux non crépus.

Apparemment le mot « Nappy » n’est pas adulé par une bonne quantité de noirs-américains. Ça sonne plutôt péjoratif au point où ceux-là qui arborent leurs cheveux crépus préfèrent visiter des sites (de conseils destinés aux afros) qui font fi du mot « N » dans leur description/titre. Elles préféreront donc employer les termes « kinky, coily, curly » bref tout sauf « Nappy ».

Même chose pour la catégorisation des cheveux par l’américain Walker, certaines sont très impatientes de découvrir quel type de cheveu est le leur (ceci afin de pouvoir mieux déterminer les coiffures et produits qui leur conviendront), d’autres sont contre tout regroupement car elles en ont marre de voir des gens classés dans des cases.

Il y a également des « naturalistas » qui adorent fabriquer leurs produits avec préservateurs à l’appui et d’autres plus ouvertes qui parfois tolèrent les silicones ou les parabènes, tant que l’effet désiré est obtenu. Quelques soient les perceptions de tout un chacun, nous parlons tous ici de la même chose mais peut être de façon différente : le cheveu négroïde, sa santé et ses potentialités !

En ce qui me concerne, chacun doit être libre de porter ses cheveux comme il le souhaite tout en maitrisant les tenants et les aboutissants, et surtout en assumant. Personne ne doit être opprimé ou marginalisé à cause de ses choix capillaires. L’important, c’est de s’aimer, d’aimer l’image qu’on reflète mais aussi d’embrasser la diversité et de respecter les choix des autres. C’est aussi ça faire preuve de tolérance et d’ouverture.

Capillairement votre !

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NathyK

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P.S. Mon top 10 de blogs/sites web pour cheveu :

https://www.blackbeautybag.com/
https://www.afrosomething.com/
https://www.brownskin.fr/
https://urbanbushbabes.com/
https://blackgirllonghair.com/
https://www.locdlife.com/
https://www.transitioningmovement.com/
https://kinkycurlycoilyme.com/
https://www.nappturality.com/
https://www.lamanouchka.com/

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Article : De Johannesburg à Dakar
Mémoires
3
28 novembre 2012

De Johannesburg à Dakar

Moments de nostalgie – Octobre 2012                                               NathyK ©

Le poulet épicé aux saveurs camerounaises crépite sur le barbecue de fortune (fait de parpaings et de grillages), le riz est prêt, la salade est faite, les boulettes de viande sont cuites, le dessert et les boissons sont au frais.

Nous sommes en fin Octobre, à Honeydew, un coin tranquille de Johannesburg en Afrique du Sud. Mon amoureux et moi sommes au fourneau. Il y a des jours comme ça où je me réjouis d’avance à l’idée de déguster ses grillades juteuses. Il faut dire qu’il sait les cuire à point (sans les sécher).

Mais à ce moment, mon cœur se resserre quand je pense que dans deux jours, je ne verrai plus cette maison imprégnée de nos odeurs, de nos luttes, de nos espoirs et de nos amours.

La petite maison dans la prairie me manquera. Le son du gravier craquant sous le poids des pas de mon époux chaque fois qu’il emprunte le petit chemin qui mène jusqu’à notre porte, le bruit du vent qui siffle la nuit et fait tomber les feuilles des grands arbres qui entourent notre maisonnette, l’air frais qui nous enveloppe à l’ouverture de la porte qui donne sur l’arrière-cour, la broussaille qui a verdi avec l’arrivée récente de pluie, le terrain de basket-ball au bas de l’allée qui me servait de lieu de détente.

Tout cet environnement qui fait je me retrouve chez moi, va atrocement me manquer. Avant-hier il a encore plu et depuis l’air est agréable.

Hier, j’ai fait une lessive énorme et j’ai repassé sans me lasser. Demain, je ferai le ménage, le dernier de l’année. Retrouverai-je ma maisonnée à mon retour ? Mon esprit frémit à cette pensée. On verra bien où la vie nous mènera. Demain viendra avec son lot de peines mais de bénédictions aussi. Mon espace me manquera, mon mari et mes amis me manqueront encore plus.

Ah mes amis, ceux-là qui m’ont accueillie il y a presque trois ans. Ils m’ont offert une cadre, une famille. Ils m’ont sauvée de l’isolement et de l’angoisse qui hantent par moments une immigrée chronique comme moi.

Loin d’être une globetrotteuse confirmée, je change fréquemment d’environnement depuis plusieurs années. Heureusement que j’ai de bonnes capacités d’adaptation : manger du riz gasy trois par jour chaque jour de l’année ou apprendre une énième langue étrangère ne m’effraie plus.

On sonne à la porte. Je leur souhaite la bienvenue avec un sourire qui dissimule ma tristesse et mon angoisse. Mon fils vient de fêter son premier anniversaire, et ses amis du même âge sont venus lui dire aurevoir. Lui aussi devra bientôt faire face à une nouvelle adaptation. Ce sera sa première migration, mais comme il est tout petit, il ne sait pas encore ce qu’il l’attend.

Aujourd’hui, nous avons eu l’impression qu’il a eu un pressentiment. Il n’arrêtait pas de tenir son père par son pantalon et ils s’en allaient partout ensemble. Tant mieux, ces derniers instants doivent être vécus pleinement.

Nous aurons le cœur déchiré, mais c’est le prix à payer quand on fait des choix audacieux. Nous avons reçu des cadeaux, une carte de vœux avec des souhaits de « Bon voyage ». Après une courte séance de prières d’accompagnement, nous faisons une dernière photo d’Adieu. Dur, dur de se quitter. Mais ils savent que ce sacrifice en vaut la peine.

Une chaleur humide nous envahit. Le genre qui vous assomme de sommeil en plein après-midi sauf que là il est minuit vingt-cinq. Bienvenue à Dakar !

Aujourd’hui, c’était la Tabaski mais avec nos huit heures de vol, nous n’avons eu droit à aucune festivité. Non pas que nous soyons musulmans, mais dans notre environnement multiculturel, il est de coutume de partager les repas de fêtes ensemble et les amis et voisins y sont toujours conviés.

J’ai écouté une jolie chanson d’amour de Justin Bieber dans l’avion (et oui, à mon âge, je kiffe encore du Biebs !). Je n’avais jamais entendu cette composition auparavant. Elle m’a parlé.

J’ai pensé à ma famille, à mes amis, à ma vie, à ce que je laissais derrière moi et à ce qui m’attendais. J’ai regardé mon fils endormi dans mes bras fatigués, et là de grosses larmes ont roulé tout le long de mes joues. J’ai pleuré de nostalgie, de lassitude et d’inquiétude.

A l’aéroport International Léopold Sédar Senghor, la majorité des voyageurs étaient des expatriés français. Ô que ça faisait longtemps que je n’avais pas entendu la langue française parlée dans un espace public, sans parler de l’accent français !

Mon fils calé sur ma hanche gauche, mes lourds bagages au dos et en main, épuisée par le voyage et les émotions, j’arrivais à peine à gribouiller nos noms sur le formulaire d’arrivée. Finalement, un gendarme sénégalais me proposa son aide. Ma vie à Dakar venait de commencer.

~o~

NathyK

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Article : Facebook ou le Kongossa version 2.0
Mémoires
2
7 novembre 2012

Facebook ou le Kongossa version 2.0

Facebook
Facebook – capture d’écran.                   NathyK ©

En fin d’après-midi, aux environs de 17 heures, au retour des classes, nous avions l’habitude de faire les 100 pas autour du quartier, question de se relaxer, de digérer, de passer le temps… parlez de tout et de rien, prendre la température ambiante, écouter les dernières rumeurs du « qwatt », discuter des dernières infos politico-culturelles… les nouvelles qui « chauffent » !

Le Kongossa en jargon camerounais signifie « les commérages »… « Ce qui se dit dehors », « ce qu’on a entendu », « ce qu’on a vu » et que l’on répète. Ce sont les « news » ! « Les derniers potins » comme on dit en France.

La plupart du temps, on attribue cette activité à tord ou à raison aux femmes surtout les ménagères. J’imagine que c’est parce qu’elles ont plus de temps à leur disposition et elles sont naturellement exposées aux activités environnantes. Mais aussi loin que mes souvenirs remontent, je dirais que c’est une activité plutôt généralisée dans le milieu de la jeunesse du pays.

Il y a longtemps, le soir en Afrique, dans les villages, on s’asseyait autour du feu et on racontait des histoires, on partageait nos journées, et on prenait les dernières nouvelles de chacun.

Puis vint l’urbanisation, la majorité des villageois migrèrent vers la ville en quête, d’opportunités, de travail et d’une meilleure qualité de vie (du moins financièrement parlant). Cela ne veut pas dire que la vie au village n’est pas belle, au contraire, elle a un charme particulier !

Des jeunes qui comme moi ont joué au pousse-pion (marelle) sur le goudron, n’ont malheureusement pas connu les joies de courir dans les bois, de barboter dans la rivière et de fabriquer les ballons de fortune. Mais de nos aïeux, nous avons gardé l’habitude de nous réunir le soir, sur les ruelles des villes et de partager nos histoires, notre vécu.

En 10 ans, les quartiers se sont vidés car les jeunes sont partis à « l’aventure ». La distance nous a physiquement éloignés mais la technologie s’est chargée de la réduire. Ainsi, on doit Facebook à un certain Mark Zuckerberg, un jeune comme moi, comme nous, qui a eu la brillante idée de créer ce réseau mondial de Kongossa.

Un réseau si vaste et si puissant qu’en quelques secondes et clics, il nous met au courant des dernières actualités, des « news qui chauffent » : photos qui traduisent généralement que la personne est dans une nouvelle ville, des avis de mariage, de naissance, de décès… les pensées du moment, les articles intéressants, les « fan pages », les vidéos drôles, les messages des vieilles connaissances, les nouvelles rencontres et bien entendu les « chats » (messagerie instantanée).

C’est intéressant de constater que malgré le poids du temps et de la distance, le feu du Kongossa ne s’est pas éteint et le Monde est devenu un village planétaire !

NB : Tout Kongossa qui se respecte entraine malentendus, disputes et déceptions. Facebook n’étant pas en reste, c’est à consommer avec sagesse et modération.

~0~

NathyK

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Article : « Je pars à l’aventure »
Causes
2
6 novembre 2012

« Je pars à l’aventure »

Voyage
Traversée des continents.                                                                  NathyK ©

« Je pars à l’aventure » sont les mots que j’entendais dire par mon feu oncle, il y a près de 15 années aujourd’hui. À l’époque, il s’envolait pour l’Europe, les travelers cheques que ma mère lui avait fournis, en poche, sans idées fixes de ce qu’il allait accomplir. Mais il fallait qu’il s’en aille, chercher la vie ailleurs. S’ouvrir à de meilleures opportunités, aussi disait-il, « je m’en vais me battre ».

Ainsi, il s’en alla comme des milliers d’africains chaque année. Certains y vont pour continuer des études dans des grandes universités d’outre-mer, dans l’espoir d’être engagés dans des multinationales plus tard ou du moins de devenir indépendants dès leur départ grâce à des petits boulots estudiantins et d’ainsi libérer leurs parents d’un lourd poids.

Pour les parents, le sacrifice de collecter ou parfois d’emprunter quelques millions de francs cfa à la tontine (institution de microfinance régie par une association amicale dans le but de s’entraider dans la solidarité) ou à certains membres haut placés dans la famille en vaut la peine.

On se sacrifie pour que « l’enfant réussisse ». Quand il s’en va, on lui dit : « comporte-toi bien », « ne prends pas le chemin de la facilité », « on compte sur toi », « fais nous honneur ».

Mamadou, Fatou, André, Blaise, Jeanne et Christine s’en vont en Europe, en Amérique, parfois dans d’autres pays africains ou même en Russie, à Chypre, dans l’espoir d’un avenir meilleur que ne peut pas toujours leur offrir un pays plongé dans la corruption, le népotisme, un pays en manque d’infrastructures pour le nombre de bacheliers et même de licenciés qui en ressortent chaque année.

Les plus chanceux vont donc se battre ailleurs pour devenir des « quelqu’un » plus tard, des personnes éduquées, respectées dans la famille et sur qui on peut compter financièrement.

Mais il y a aussi ces autres, qui arrivent par des moyens corrects ou détournés à être retenus dans les grandes écoles de l’état et peuvent se vanter plus tard d’être devenus des médecins, des magistrats, des militaires, des journalistes, des ingénieurs, des douaniers, des inspecteurs du trésor dans un pays qui est le leur, où ils ne craignent pas la police de l’immigration, où ils ne sortent pas très tôt le matin dans le froid pour livrer des journaux, où ils mangent à satiété les succulents mets locaux et ne vivent pas une aventure dure et incertaine. Ce sont les futurs fonctionnaires. L’avenir du pays est entre leurs mains.

Il y a aussi cette autre classe qui malgré le fait d’être diplômée du pays ne parvient pas à trouver du travail. Ils ont été à l’université d’état pendant trois, quatre ou cinq ans mais à la fin il faut bien vivre de quelque chose.

C’est là où la débrouillardise triomphe dans un pays pris en otage depuis fort longtemps par les plus forts, « les boss ». Ils deviennent donc des cultivateurs, des taximen, des vendeurs à la sauvette (sauveteurs), des buyam-sellams (revendeurs i.e. buy and sell), des ouvriers, des pompistes (employés à la station service), des propriétaires de call box. Pour ceux-là, l’aventure se vit à domicile ! « Le dehors est dur, on se bat » comme on dit au pays.

Et enfin, il y a cette dernière catégorie composée de femmes et d’hommes d’âge mur ou avancé, qui attendent tout simplement des mains généreuses, des « fafios », des « dollars », des « z’euros », des « benjamins ». Ceux-là n’ont plus la force de résister. Ils vivent au jour le jour, au bon gré du « dépannage ».

La misère a pris le dessus. Ils attendent un changement de régime. Ils se souviennent du temps où on avait beaucoup de billets en guise de salaire (juste avec un C.E.P.E. pour diplôme), du temps où avec 25 francs, on achetait de l’huile, du savon et des beignets, du temps où l’argent avait encore de la valeur, du temps où le gouvernement était bon et travailler à la fonction publique était un honneur.

Le seul luxe qui leur reste, c’est de dire aux voisins qu’ils ont de la famille à l’étranger ou un frère haut placé. Pour ceux-là, il est trop tard, il n’y a plus d’espoir, l’aventure est finie.

~0~

NathyK

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Article : Taxi, pardon j’ai 100, laisse moi devant !
Société
10
19 octobre 2012

Taxi, pardon j’ai 100, laisse moi devant !

Taxi jaune
Taxi jaune Toyota, Bambili – Cameroun.   NathyK ©

« Taxi, Marché Mokolo, pardon j’ai 100 ». « Ping-ping ». Et le jeune-homme entra dans le taxi, « bonjour, bonjour ». Les chauffeurs de taxi au Cameroun sont communément appelés taximen. Ce sont des hommes exposés à tous les « on dit », à tous les mensonges des clients (par mobile)… un client dira  par exemple à son interlocuteur à l’autre bout du fil qu’il est au quartier Nylon alors qu’il se trouve encore à la Poste Centrale.

Généralement, ces taximen sont des hommes plus ou moins éduqués, au courant de l’actualité grâce à leur radio FM branchée de 6h à minuit. Cette actualité devenant rapidement le sujet d’une conversation animée avec les clients : « gars, tu es au courant de ce qui se passe en Côte d’Ivoire » ? « Tu as ya les histoires de fraude » ? « Ne me dis pas » ! « Moi-même je wanda ». « Vraiment les whites nous prennent pour des mougous ». « Ils croient que c’est le lait, on va leur chou qu’on ne lap pas ».

L’homme descend du taxi et lance au chauffeur « gars, on est ensemble » ! On est ensemble où ? C’est juste une expression. Ainsi, au fil des divers dialogues, le taximan passe une journée agréable et bien rythmée.

« Taxi 250, Bata Longkak ». « Ping, ping ». Et la jeune fille se faufila dans le taxi surchargé, la place de devant étant déjà occupée par un autre client non moins corpulent. « Ma chérie, tu es jolie ». « Merci ». « C’est quel parfum »? « Pardon ». « Ton parfum sent très bon, c’est quelle marque » ? La jeune fille ne répond pas. « Tu vas où comme ça ? ». La fille agacée fait mine de ne rien entendre ou du moins de ne rien comprendre. « Mon type, s’il te plait, laisse moi là ».

Le Monsieur arrivé à destination descend du taxi. Il paye, et s’adresse à la fille en souriant : « à la prochaine » ! Et le taxi continue tout bonnement son chemin. Un jeune homme assis derrière demande au chauffeur : « mon type, s’il te plait, c’est quel morceau qui passe là ? ». « C’est le nouveau morceau de petit-pays, c’est sorti il y a 2 semaines ». « C’est balèse ! Je dois graver ça rapidement ». Le taxi est donc aussi un lieu de distraction pour beaucoup.

« Taxi 300, Emombo 2è carrefour ». « Ping, ping ». « Ouvrez la malle-arrière pardon, j’ai les bagages » dit la dame. Puis elle rentra dans le taxi déjà occupé par un client masculin. Le taxi roule à vive allure, 500 mètres plus tard, il s’arrête et prend 2 autres clients ; l’homme entre derrière et la femme occupe le siège de devant. Les nouveaux arrivants déclenchent donc une conversation qui se veut amicale.

Ils parlent des « problèmes de la vie » et éventuellement des problèmes d’argent. Sans qu’on ne sache comment, d’aucuns parleront d’hypnose, l’un soudain propose de bénir le portefeuille des autres clients et bien évidemment de la dame. La femme de devant donne son argent afin qu’il soit protégé. Protégé de quoi ? Je ne sais pas exactement. La dame de derrière, en toute confiance, délie sa langue et confie tout son argent aux nouveaux amis.

Et « comme par hasard », il se trouve qu’elle venait tout juste de toucher la tontine. Hmmmm, affaire louche ! Le taxi dépose la dame à destination, le temps qu’elle arrive chez elle pour compter son argent. Elle se rend compte qu’elle a été victime d’une très belle supercherie. C’est ça, dans les taxis, il faut ne pas faire ami-ami avec tout le monde !

« Taxi, Madagascar », « Taxi, Dakar »… Au Camer, certains quartiers ont les noms de ville ou de pays. Comment cela est-il arrivé ? Je n’en ai aucune idée. C’est l’heure de pointe, il y a la bousculade. Chacun veut rentrer chez lui avant que la nuit ne tombe. Les propositions montent… les gens sont las de la dure journée de travail, à vendre au marché derrière les comptoirs, à vendre les journaux et les gadgets en tout genre aux passants, à s’occuper de la clientèle au bureau…

Les étudiants et les élèves sont aussi fatigués et impatients de rejoindre leurs domiciles. Nos collègues, les taximen sont donc très sollicités ; c’est l’embouteillage. « Ping, pinnnnng, connaaard ». « Tu as appris à conduire où » ? « Moufff, tu es aveugle » ?… Et voila, les taximen eux-mêmes qui commencent à s’embrouiller. Les Mbéré Kaki (policiers) ne sont pas loin…

Du carrefour, où ils se cachent, ils observent la scène avec attention, se réjouissant déjà des 1000-1000 francs qu’ils vont soutirer à nos chers chauffeurs pour surcharge. Mais, ça c’est un autre chapitre.

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NathyK
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  • 100 : comprenez « 100 FCFA ».
  • Ya : compris, argot camerounais tiré de l’anglais « «yeah ».
  • Whites: blancs, argot tiré de l’anglais « whites ».
  • Mougou : bête, idiot.
  • Wanda : halluciner ou s’étonner, de l’anglais « wonder ».
  • Shou : montrer, de l’anglais « show ».
  • Lap : rire, de l’anglais « laugh ».
  • Mouff : insulte assez commune, pas très méchante.
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La Terre n'est qu'un seul Pays

Auteur·e

L'auteur: nathyk
Femme, Épouse, Mère, Citoyenne, Scientifique, Poète, Passionnée, Souriante, Spirituelle, Ouverte,..., et Gentille ! Nathalie Mbenda Kangami voit le jour un bel après-midi de 19 Mai à Douala - capitale économique du Pays des Crevettes. Au cours des années 2000, elle poursuit une formation de Médecine Générale à Antananarivo, Madagascar. Par la suite, elle s'installe avec sa famille à Johannesburg, Afrique du Sud. Après trois ans d'expérience sud-africaine dont six mois dans le Royaume du Swaziland, elle décide de s’envoler pour le Sénégal afin de poursuivre une spécialisation en Psychiatrie à l'Université Cheikh Anta Diop de Dakar. Pour cette passionnée de l’Afrique, du Monde et de ses cultures, la vie est une belle aventure qui s’égrène chaque jour avec passion, légèreté et humour.

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