24 mai 2014

Libérer son potentiel de Leader #2

Après nous avoir initié aux rudiments du « service leadership », le futur Docteur Estella Bih-Neh, en plus de nous édifier sur son parcours remarquable, nous livre à travers les termes récurrents de « réseau », « opportunités », « proactif », des conseils sur « comment libérer son potentiel de leader ? », une compétence dont la talentueuse jeunesse Africaine et plus encore Camerounaise a profondément besoin pour assurer son épanouissement social et professionnel. Suivons Estella qui n’est plus à présenter sur ce blog.

Estella Bih-Neh
Estella Bih-Neh en action. © Estella Bih-Neh

Estella, qu’as-tu fait après avoir été diplômée de l’African Leadership Academy (ALA) ?

Je suis maintenant étudiante à la Faculté de médecine de Buéa, au Cameroun. À part ça, en tant qu’alumnus de ALA, j’aide les jeunes de mon pays à avoir une expérience qui se rapproche un peu de ce que j’ai eu en Afrique du Sud. Comme je l’ai dit plus tôt, l’une des activités qui m’ont marqué pendant mon cursus, c’était d’avoir accès aux guest speakers, des personnes très influentes qui ont une carrière épanouie.

Depuis deux ans avec mon équipe, nous créons des ateliers dans différents établissements camerounais afin d’offrir des conseils d’orientation académique et professionnelle, donner aux élèves des perspectives qui les projettent en quelque sorte dans leur futur. Je suis parmi les intervenants, mais j’invite aussi des personnes de mon réseau de contacts comme la meilleure élève du Cameroun à l’examen du A-level*, des professeurs, des proviseurs de lycée afin qu’ils puissent par leurs récits inspirer la jeune génération.

Étant une alumnus de l’ALA, de quelle façon as-tu bénéficié de l’African Career Network (ACN)** ?

Après ma première année de médecine, j’ai eu l’opportunité, à travers l’ACN, d’avoir un stage rémunéré au KwaZulu Natal Research Institute for Tuberculosis and HIV (K-RITH), qui est situé à Durban, en Afrique du Sud. Ce qui est très intéressant pour ma filière d’étude car là, nous participons à la recherche sur le vaccin contre le VIH et sur les antirétroviraux. C’était très pratique. À la fin du stage, l’Institut m’a proposé un second stage pour l’année suivante.

L’ACN aide beaucoup dans le sens où il nous donne l’occasion d’appliquer de façon pratique ce que nous avons étudié pendant l’année à l’université. Ce serait difficile, d’avoir une offre de ce calibre au Cameroun. En plus des opportunités qu’il crée, il nous attribue des mentors pour nous guider dans nos carrières respectives. Chaque région d’Afrique a un mentor à sa disposition.

À quoi consistait la conférence d’Indaba*** au Nigeria en 2013 ?

La première raison qui m’a poussée à assister à cet événement était de me reconnecter avec mes anciens camarades et amis, mais cela m’a permis de rencontrer aussi les ALAians des autres promotions. Nous constituons en quelque sorte un réseau de futurs professionnels.

Les compagnies ouest-africaines nous ont donné des topos sur le développement professionnel, par exemple, sur « comment faire une bonne interview ? » : ce que les intervieweurs recherchent, comment doit-on se préparer et valoriser ce moment ? Un autre topo portait sur « comment créer des relations professionnelles ? » : comment intégrer un réseau de contacts professionnels et tirer profit des compétences des autres ?

Nous avons donc pu discuter avec des personnes de divers horizons sur nos projets, nos aspirations, nos rêves et durant ces ateliers de nouvelles opportunités sont nées. C’est ainsi qu’un Professeur de l’Université de Lagos m’a invitée pour un stage. De plus, ces rencontres nous ont exposé aux possibilités de carrière en Afrique dans les différentes branches. Enfin, ça nous a vraiment familiarisés avec l’environnement professionnel africain, le contexte dans lequel nous évoluons.

De par ton expérience à ALA, que tu penses que ça a apporté de particulier à ton cursus ? Qu’est-ce qui a fait la différence comparée aux écoles traditionnelles ?

Je pense que c’est surtout dans le suivi pour aider l’étudiant à réussir dans son plan de carrière, et à ressortir le meilleur de ce qu’il a. Dans mon pays, les lycées vous aident à avoir des très bons résultats au A-level et après vous êtes laissés à vous-mêmes. Mais ici il s’agit d’un réseau à vie dans lequel vous êtes immergés. Vous êtes toujours accompagnés.

Avant j’étudiais beaucoup, mais je ne voyais pas plus loin que ça. À Indaba, au milieu de toutes ces personnes, j’ai compris que je pouvais être tout ce que je souhaite devenir. J’ai juste à jouer mon rôle. Cela m’a fait réaliser que le talent ne peut pas progresser s’il n’a aucune opportunité.

Beaucoup d’entre nous, moi en l’occurrence, ne sommes pas issus de familles nantis et n’ont pas de tantes ou d’oncles très éduqués ou haut placés qui peuvent leur donner des conseils d’orientation professionnelle et c’est une bonne chose pour moi que d’avoir des personnes qui peuvent maintenant me guider dans ma carrière.

Et le meilleur, c’est qu’on peut poursuivre la chaîne en aidant à notre tour les personnes de notre entourage immédiat. C’est ce que j’ai fait pour ma petite sœur, en la conseillant quand elle devait entrer à l’université. J’étais en meilleure position que mes parents pour lui dire quelles écoles intégrer, quelles portes pouvaient s’ouvrir avec telle filière, comment elle pouvait avoir la meilleure éducation avec les ressources dont nous disposions.

Leadership et responsabilité sociale
Leadership et responsabilité sociale. Crédit Photo : Peter Durand

Quels conseils donnerais-tu aux jeunes Africains comme toi, du moins aux jeunes Camerounais ? Quelles solutions proposes-tu ? Aller en Europe ou attendre le changement de régime politique ?

Rires… Non, pour que le gouvernement change de régime, ça prendra du temps. Je crois beaucoup au pouvoir de la parole… beaucoup de Camerounais – moi aussi avant mon expérience sud-africaine – ont une opinion étriquée du succès… avant, ma définition du succès s’arrêtait à faire des études et à embrasser une profession conventionnelle comme être médecin, juriste ou enseignant.

Mon passage en Afrique du Sud, m’a permis de diversifier mon pôle d’intérêt. Le Cameroun a ces plateformes où les gens peuvent prendre part aux ateliers mais la plupart des Camerounais ne sont pas familiers avec ce type d’environnement de travail. Les jeunes pensent que ce sont des activités réservées aux aînés. Alors que ces ateliers, séminaires, conférences et autres, sont des lieux où on peut s’ouvrir aux autres et tisser un réseau de relations professionnelles, guetter et saisir des opportunités, même si elles se font un peu rares. Le pire serait de ne pas quitter de sa zone de confort et de croire que les opportunités viendront toutes seules à nous.

Lorsque je vais dans mes ateliers d’orientation professionnelle, je reste alerte, parce que je ne sais pas encore ce que je pourrais apprendre de quelqu’un d’autre. Je pourrai m’adresser à une personne qui connaît une autre personne qui maîtrise mon secteur d’activité et qui est prête à me donner une chance et c’est comme ça que mes portes s’ouvrent.

Le gouvernement est ce qu’il est, mais comment tirons-nous du meilleur avec ce dont nous disposons ? Mon conseil est de rechercher et d’utiliser toutes les voies disponibles, il faut être proactif. Si mon proviseur n’était pas proactive, toujours branchée à la moindre offre qui se présente sur internet, je n’aurai pas connu ALA.

Il y a beaucoup de propositions que j’ai eues en dehors du réseau d’ALA, à partir de mes propres initiatives et recherches parce que je suis proactive, je sais exactement ce que je veux, je suis passionnée par ce que je fais et dans mon discours, mon interlocuteur le ressent, apprécie mon état d’esprit et me connecte avec des personnes qui peuvent m’aider dans mon domaine d’activité.

Je dirai à mes compatriotes de ne pas être fermés, timides, désespérés, de ne pas suivre qu’une seule voie en pensant qu’un beau jour le gouvernement fera appel à vous. Il faut que vous-mêmes alliez à la conquête des opportunités.

Pour finir, quel est ton vœu pour l’Afrique et comment comptes-tu y contribuer pour qu’il se réalise ?

L’Afrique, c’est grand… rires. Je sais mieux ce que je souhaite pour mon pays. Je rêve d’une Afrique qui donne des opportunités à sa jeunesse. L’Afrique regorge de talents, beaucoup de jeunes sont curieux, avides de savoir, mais plusieurs pays africains n’ont pas un système d’études supérieures efficient qui permette aux jeunes de développer leurs talents et de leur ouvrir des portes. Le système actuel encourage la fuite des cerveaux où les jeunes préfèrent mettre leur capacité au service des nations plus développées.

À mon niveau, j’y contribue déjà en créant une plateforme qui peut aider les jeunes à trouver des opportunités. Dans mon domaine professionnel, je compte bâtir des hôpitaux surtout dans ma ville natale et former le personnel médical. Ce qui se fait actuellement dans ma région est très rudimentaire et mon but ultime est d’améliorer cela à travers l’éducation dans le secteur médical.

Nous ne manquons pas de remercier Estella qui, après ce long dialogue, réclame sa bouteille de soda (rires), et c’est avec un cœur heureux que nous lui souhaitons un bon retour au Cameroun et surtout une année académique fructueuse.

* Équivalent du Baccalauréat dans le système anglophone.

** Réseau professionnel africain permettant aux jeunes diplômés de l’African Leadership Academy d’obtenir des stages et des emplois au décours de leurs études supérieures.

*** Rencontres annuelles et régionales entre alumni d’ALA.

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Entretien traduit de l’Anglais et rédigé par NathyK.

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