4 mai 2013

La Terre n’est qu’un seul Pays

Je suis Pionnier 

Pionnier
Le pionnier. Crédit photo : ToOliver2 on Flickr

Partir de chez soi à la l’âge de 22 ans n’est pas facile surtout si cela signifie traverser l’Atlantique dans une aventure digne du capitaine Cortés. C’est l’expérience suprême d’une vie de découverte, d’apprentissage et d’humilité à laquelle aucun jeune du 21° siècle ne devrait déroger.

Mon histoire ici n’a rien d’extraordinaire, rien de mystérieux ou d’attirant : je suis un étranger normal dont la vie n’a rien de ressemblant à l’absurde vécu par un Meursault.

Si je dois retenir quelque chose de mon exil brésilien, c’est la rencontre des lusophones africains, mais souvent laissés-pour-compte faute d’une identité linguistique avec le reste du continent.

Ceci est un hommage à nos frères…

Grâce à cette communauté lusophone d’Afrique que j’ai découvert l’art culinaire cap-verdien, apprécié la Cachupa, un plat fait à base de maïs et de haricots, renforcé par de la viande de porc.

Cachupa
Plat de Cachupa. Crédit photo : Xandu/ Wikimedia Commons

Une des merveilles du Cap-Vert, c’est aussi la boisson très alcoolisée qu’on prépare avec de la crème de lait – concentrée – dosée d’alcool de la canne à sucre… un vrai délice qui embellit nos soirées folles avec nos femmes et nos amis.

Les guinéens sont friands d’huile de palme exagérant parfois en termes de quantités.

En Afrique francophone, les gens se demandent parfois comment et pourquoi les brésiliens savent jouer au ballon comme des dieux ? Simple : ils jouent tous au futsal et deviennent vite des artistes-en-petit-espace.

Et puis j’ai appris que les africains faisaient du bruit partout où ils étaient ; dans les immeubles, en marchant tard dans les rues. Ce qui n’est pas tout à fait faux, puisqu’il s’agit plutôt de notre vitalité qui se transmet même dans le langage. Les brésiliens aussi font du bruit, mais avec leurs voitures au son amplifié par des baffles surpuissantes, qui font bouger mon immeuble chaque fois qu’ils passent devant mon domicile. Comme on dit ici : « cada doido sua mania » (1). 

Enfin, les angolais traînent partout leur mal-être, causé par une situation politique de plus en plus préoccupante, un président qui s’éternise au pouvoir sans en partager les gains, le boom pétrolier et les chiffres sur la croissance cachent une ségrégation raciale qui divise le pays. Ils sont également surprenant d’intelligence tout comme les mozambicains. 

Serge Katembera

(1) A chaque fou sa propre manie.

~°~

Esprit libre, je m’appelle Citie

Perchée sur les collines de l’Imerina, assise, mélancolique, ma vue se perd dans l’étendue des rizières malgaches. Ces rizières qui, vues d’avion, ressemblent à des vastes terrains de football… Si seulement j’avais su à quel point j’allais t’aimer !

Antananarivo
Tana, vue du Rova à partir d’Ankatso.                                             NathyK ©

Madagasikara, tiako be ianao (2)… ça fait longtemps que je veux te le dire… 9 ans déjà, 9 ans comme 9 mois, 9 ans que cette terre me porte, 9 ans que la Grande Île me gave de son vary soasoa (3), 9 ans que j’emprunte inlassablement les escaliers d’Ambanidia pour le Rova, 9 ans que je respire le parfum exquis des jacarandas du lac en cœur d’Anosy, 9 ans que mon salut est chanté en Manao ahoana ooo (4)

9 ans que tu m’habites, 9 riches années qui ne m’ont pas laissée repartir les mains vides. Mada, je vais te quitter. En moi, j’emporte un trésor : ton fihavanana… Madagasikara ma mère, Madagascar ma terre, oserai-je t’appeler étrangère ? Moi ta filleule ?

Madagasikara, tu m’as tout léguée, tes bras m’ont bercée, tes pierres m’ont polie, mes pas sont aguerris. Tu as accueilli la fille, tu as donné vie à la femme et Citie je suis et je resterai par amour de mon île.

Le Cap
Bus de visite touristique à Cape Town.                                              NathyK ©

Et depuis je m’appelle Citie et je vis ici. Je vis où je ris. Je ris où je vis. Ici c’est Douala, ici c’est Dakar, ici c’est Johannesburg, ici c’est Maseru, ici c’est Yaoundé, ici c’est Mbabane, ici c’est le Cap, ici c’est Majunga, ici c’est Antananarivo, ici c’est Maputo, ici c’est là-bas, là-bas c’est ici, ici c’est partout. Ici, c’est ma ville, là-bas c’est mon pays, partout c’est ma patrie. Et depuis, je m’appelle Citie et je suis citoyenne.

NathyK

La Terre n’est qu’un seul pays et tous les hommes en sont les citoyens.

Bahá’u’lláh

(2) Madagascar, je t’aime beaucoup.
(3) riz pâteux que l’on consomme le matin en guise de petit-déjeuner.
(4) bonjour en Malagasy.

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