8 mai 2014

Bloguer, tout un Art !

Blogging en tag
Blogging défini en tags. Crédit Photo : Luc Legay

Ziad Maalouf (notre encadreur en chef), debout, tout juste derrière moi, le ton ferme, lors d’une émission réalisée en avril 2013, à Dakar, dans les locaux de la West Africa Democracy Radio, disait que bloguer n’était pas fait pour tout le monde et que nombreux sont ceux qui avaient abandonné après un laps de temps. À cela, j’ai ri dans mon for intérieur, en me disant que toutes façons, ça ne m’arrivera pas ! 

Tellement, j’étais passionnée, engagée, « enjaillée »* que le docteur-blogueur ou le médecin-journaliste, comme mes collègues aiment m’appeler, songeait déjà écrire tout un billet pour conter ‘oh combien son amour’ pour le blogging. Et là, je revois Cynthe, sur le chemin entre le siège de l’OIF et la cantine de l’UCAD II me dire qu’elle a du mal à m’imaginer dans une autre peau que celle de blogueuse. Une semaine de permission pour se consacrer à la formation de Mondoblog Dakar et tout semblait si simple. Hélas, pas pour longtemps.

Rewind zzzzzzz2009, mon premier blog sur Blogger. Statut : étudiante en médecine, en fin de formation. Temps libre les aprèms et les soirées. Au moins 4 à 5 heures à traînasser au cyber, m’émerveillant devant les avancées de la technologie : raconter ses aventures en ligne, personnaliser son espace, poster des photos et vidéos qui plaisent, livrer ses textes et poèmes aux regards inconnus, écrire sur des sujets qui nous tiennent à cœur… Le premier mois, mars 2009, verdict : 63 articles ! 

Plage de Mahajanga
Plage de Mahajanga, Madagascar. © NathyK

J’adore le blogging, j’y vais à donf. Je n’écris pas seulement. Je lis aussi beaucoup. Chaque soir, dans la salle faiblement éclairée du cybercafé, à l’abri du froid extérieur, je m’immerge dans un monde en couleur, je parcoure les blogs, je suis des gens qui racontent leur vie depuis Israël, l’Australie ou les États-Unis. Je cherche des blogs tenus par des francophiles, des Africains, en Afrique, au Cameroun. J’ai beau chercher, mais j’en trouve peu ou presque pas, en tout cas très peu sont ceux auxquels je m’identifie.

Je suis séduite par l’univers de la photo. Je n’ai pas d’appareil, mais ma cousine en a un. Premiers essais sur Flickr, je ne m’accroche pas trop. Pleins d’inconnus, anglophones de surcroît. Je ne saisis pas bien le principe, je m’inscris et m’en arrête là. Idem pour Twitter. J’apprends que ça peut augmenter le lectorat du blogueur. Je fais l’effort de poster deux ou trois tweets, puis c’est dans les oubliettes. Je suis la seule parmi mes ami(e)s à faire ce genre de choses. Tous ceux que je connais sont sur ce Facebook et c’est tout. Je persévère quand même dans mes billets bilingues, juste pour le plaisir de créer quelque chose de beau, dont on est fier. J’ai 3 ou 4 lecteurs fidèles et ça me suffit.

J’ouvre un deuxième blog pour la beauté de son thème et surtout pour la nécessité d’offrir un espace spécial pour le tourisme virtuel, le phototourisme… Un photoblog qui expose mes clichés des ruelles bondées d’Analakely et de Soarano, des maisons savamment empilées sur les pans des collines qui bordent Ambohijatovo et qui remontent jusqu’au Rova, des jacarandas qui dansent autour du Lac Anosy, du « bord » paisible de Mahajanga avec son imposant baobab, et des enfants malagasy qui s’amusent avec des jouets de fortune sans se soucier du reste du monde. C’est ma dernière année à Tana, j’immortalise ces souvenirs et aujourd’hui que j’ai perdu toutes les traces de ces bouts de vie sur hard drive, mes publications en ligne restent le seul pont me reliant à cet heureux passé.

Fleur qui éclot
Printemps : fleur qui éclot. © NathyK

Fin 2009 – début 2010, je crée un troisième espace virtuel, cette fois sur WordPress. Je vis en Afrique du Sud. Année sabbatique, après neuf ans à courir derrière un diplôme. Je redécouvre Flickr et je retravaille mes illustrations. J’ai l’impression d’atteindre l’apothéose. Mon web-catalogue s’agrandit et le rendu est meilleur. Ce n’est pas fini, Tumblr y passe aussi, mais je laisse tomber après quelques mois. Je n’adhère pas trop à cette communauté trop fashion. Plus de 400 articles publiés depuis le début de mon aventure.

Et tous ces gens que je suivais, toutes ces femmes surtout, qui commencent à écrire rarement, jusqu’à ce que le compteur passe à zéro. Mariées, les joies de la maternité et hop le blog ne compte plus ? C’est pas cool ça, pour nous les followers. Arrêter de bloguer du jour au lendemain. Je me dis, ah non, ça ne m’arrivera pas ! Et dire que je suis à leur place maintenant et je commence à comprendre que bloguer est loin d’être aisé.

2011, je consulte régulièrement RFI à partir de mon terminal et je tombe sur Mondoblog et ses articles tout aussi captivants les uns que les autres. Je lis avec assiduité ceux qui parlent de Labé, de leur Guinée Plurielle… celles qui décrivent la vie à l’étranger, du Pérou à Berlin. L’humour légendaire de Kpelly et de Nguimbis me ravit, Ariniaina me ramène volontiers à Mada et je découvre d’autres pépites à travers le Panda. C’est génial, mais je dois attendre l’année qui suit pour y déposer ma candidature.

2012, me voilà Mondoblogueuse. La motivation est au top ! C’est aussi cette année qu’avec mon fils de 1 an, je débarque au pays de la Téranga… Un lourd programme de 4 ans m’attend. Néanmoins avec l’engouement de mes nouveaux camarades de la plateforme et la rapidité de ma connexion Wi-Fi, je suis encouragée. Je blogue, je tweete, je facebooke. L’Homme peut mettre le numérique au service de grandes causes. Super !

Avril 2013, le grand rendez-vous avec des rencontres extra. Ma motivation double. Je m’accroche, j’écris la nuit, je ne rate pas une occasion de faire des rencontres pour fournir matière à mes billets, je prends des tonnes de notes que je garde dans mes placards, jusqu’à ce que je sois à la limite du burnout. L’appel du corps me pousse à ralentir le rythme effréné de mes activités. Septembre arrive, je compte en profiter mais la parenthèse de Johannesburg est brève.

Le 18 octobre, le jour même de mon retour sur Dakar, portant la petite graine que je devrais couver pendant 9 mois, je commence les gardes et les permanences à l’hôpital. Je déménage, j’emménage… Téléphone en panne, plus de Wi-Fi. J’enchaîne sur les séminaires, les examens, les réunions, les programmes… Les mois défilent.

Nous sommes en 2014 : moi, épouse, maman, médecin, avec d’autres responsabilités en sus. Euh, bloguer devient un luxe. Ça devient un souvenir vieux, lointain, vague comme le monde… c’est désormais dans les archives, c’est un terme méconnaissable, un mot dans une langue étrangère… jusqu’à ce qu’arrive mon congé de maternité. C’est à ce moment que je confirme que « bloguer est un vrai job ». Si on veut s’inscrire dans la durée, bloguer doit devenir plus qu’un simple passe-temps facultatif, et non, la passion ne suffit pas !

Finalement, je tire les leçons et je fais le point :

  1. Bloguer, c’est se rendre disponible. Le temps est précieux mais en 24 heures, on peut faire beaucoup de choses si on définit bien ses priorités et qu’on cale ses plages horaires. Avec une disponibilité de 30 minutes par jour, il est possible de publier un article de très bonne qualité chaque semaine et d’en assurer la promotion.
  2. Bloguer, c’est savoir s’organiser. Tout artiste a sa manière d’apprêter son matériel, de nettoyer ses pinceaux, d’installer sa toile, de travailler sa position. Ainsi, le blogueur doit trouver un sujet intéressant, qu’il doit aborder de façon pertinente, regrouper ces ressources, chercher des images adéquates, penser et repenser son texte.
  3. Bloguer, c’est aussi se critiquer. L’un des conseils les plus importants reçus au séminaire de rédaction médicale, c’est d’être son premier critique : ne surtout pas imaginer que le monde est rose, qu’on nous aime et qu’on aura que des compliments. Il faut faire preuve de sérieux, de rigueur pour être crédible et respecté. Travailler le fond et la structure est tout aussi important qu’accorder de l’attention à la forme, au style, à l’orthographe… Il est essentiel de prendre le temps de se relire, de vérifier ses sources, de se corriger ou même de se faire corriger. « Il faut pouvoir anticiper sur le pire des commentaires » dixit Pr Gallo Diop.
  4. Bloguer, c’est entretenir sa communauté. Les réseaux sociaux aident beaucoup mais encore faut-il être présent, dynamique et réactif. Maîtriser sa ligne éditoriale, interagir avec son lectorat, se montrer courtois, être ouvert, lire et commenter les articles d’autres blogueurs, faire preuve d’originalité sont autant d’éléments indispensables.
  5. Bloguer, c’est être d’actualité. Ça vaut aussi bien pour les sujets que l’on choisit que pour les outils que l’on utilise. Participer aux formations comme celle qu’offre annuellement Mondoblog, c’est : prendre des notions de base en datajournalisme, en référencement ; connaitre les avantages et les limites du blogueur ; savoir faire la vérification des sources d’information ; assurer sa sécurité en ligne,…, et s’exercer au freejumping** !

Bloguer, c’est tout un art. Alors un coup d’essai ou un coup de maître, à vous de choisir.

PS : suivez #Mondoblogabidjan sur Twitter et sur Facebook.

 

Enjaillée* : argot ivoirien signifiant prendre du plaisir, s’amuser, être content.

Freejumping ** : mouvement lancé par Cyriac Gbogou qui consiste à immortaliser sur photos des grands sauts dans les airs. Il me semble que ce mouvement s’inscrit dans le cadre d’une manifestation de joie et de liberté.

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NathyK

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