28 novembre 2012

De Johannesburg à Dakar

Moments de nostalgie – Octobre 2012 NathyK ©

Le poulet épicé aux saveurs camerounaises crépite sur le barbecue de fortune (fait de parpaings et de grillages), le riz est prêt, la salade est faite, les boulettes de viande sont cuites, le dessert et les boissons sont au frais.

Nous sommes en fin Octobre, à Honeydew, un coin tranquille de Johannesburg en Afrique du Sud. Mon amoureux et moi sommes au fourneau. Il y a des jours comme ça où je me réjouis d’avance à l’idée de déguster ses grillades juteuses. Il faut dire qu’il sait les cuire à point (sans les sécher).

Mais à ce moment, mon cœur se resserre quand je pense que dans deux jours, je ne verrai plus cette maison imprégnée de nos odeurs, de nos luttes, de nos espoirs et de nos amours.

La petite maison dans la prairie me manquera. Le son du gravier craquant sous le poids des pas de mon époux chaque fois qu’il emprunte le petit chemin qui mène jusqu’à notre porte, le bruit du vent qui siffle la nuit et fait tomber les feuilles des grands arbres qui entourent notre maisonnette, l’air frais qui nous enveloppe à l’ouverture de la porte qui donne sur l’arrière-cour, la broussaille qui a verdi avec l’arrivée récente de pluie, le terrain de basket-ball au bas de l’allée qui me servait de lieu de détente.

Tout cet environnement qui fait je me retrouve chez moi, va atrocement me manquer. Avant-hier il a encore plu et depuis l’air est agréable.

Hier, j’ai fait une lessive énorme et j’ai repassé sans me lasser. Demain, je ferai le ménage, le dernier de l’année. Retrouverai-je ma maisonnée à mon retour ? Mon esprit frémit à cette pensée. On verra bien où la vie nous mènera. Demain viendra avec son lot de peines mais de bénédictions aussi. Mon espace me manquera, mon mari et mes amis me manqueront encore plus.

Ah mes amis, ceux-là qui m’ont accueillie il y a presque trois ans. Ils m’ont offert une cadre, une famille. Ils m’ont sauvée de l’isolement et de l’angoisse qui hantent par moments une immigrée chronique comme moi.

Loin d’être une globetrotteuse confirmée, je change fréquemment d’environnement depuis plusieurs années. Heureusement que j’ai de bonnes capacités d’adaptation : manger du riz gasy trois par jour chaque jour de l’année ou apprendre une énième langue étrangère ne m’effraie plus.

On sonne à la porte. Je leur souhaite la bienvenue avec un sourire qui dissimule ma tristesse et mon angoisse. Mon fils vient de fêter son premier anniversaire, et ses amis du même âge sont venus lui dire aurevoir. Lui aussi devra bientôt faire face à une nouvelle adaptation. Ce sera sa première migration, mais comme il est tout petit, il ne sait pas encore ce qu’il l’attend.

Aujourd’hui, nous avons eu l’impression qu’il a eu un pressentiment. Il n’arrêtait pas de tenir son père par son pantalon et ils s’en allaient partout ensemble. Tant mieux, ces derniers instants doivent être vécus pleinement.

Nous aurons le cœur déchiré, mais c’est le prix à payer quand on fait des choix audacieux. Nous avons reçu des cadeaux, une carte de vœux avec des souhaits de « Bon voyage ». Après une courte séance de prières d’accompagnement, nous faisons une dernière photo d’Adieu. Dur, dur de se quitter. Mais ils savent que ce sacrifice en vaut la peine.

Une chaleur humide nous envahit. Le genre qui vous assomme de sommeil en plein après-midi sauf que là il est minuit vingt-cinq. Bienvenue à Dakar !

Aujourd’hui, c’était la Tabaski mais avec nos huit heures de vol, nous n’avons eu droit à aucune festivité. Non pas que nous soyons musulmans, mais dans notre environnement multiculturel, il est de coutume de partager les repas de fêtes ensemble et les amis et voisins y sont toujours conviés.

J’ai écouté une jolie chanson d’amour de Justin Bieber dans l’avion (et oui, à mon âge, je kiffe encore du Biebs !). Je n’avais jamais entendu cette composition auparavant. Elle m’a parlé.

J’ai pensé à ma famille, à mes amis, à ma vie, à ce que je laissais derrière moi et à ce qui m’attendais. J’ai regardé mon fils endormi dans mes bras fatigués, et là de grosses larmes ont roulé tout le long de mes joues. J’ai pleuré de nostalgie, de lassitude et d’inquiétude.

A l’aéroport International Léopold Sédar Senghor, la majorité des voyageurs étaient des expatriés français. Ô que ça faisait longtemps que je n’avais pas entendu la langue française parlée dans un espace public, sans parler de l’accent français !

Mon fils calé sur ma hanche gauche, mes lourds bagages au dos et en main, épuisée par le voyage et les émotions, j’arrivais à peine à gribouiller nos noms sur le formulaire d’arrivée. Finalement, un gendarme sénégalais me proposa son aide. Ma vie à Dakar venait de commencer.

~o~

NathyK

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