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L’Unité dans la Diversité
Article : Le « service leadership » avec Estella Bih-Neh #1
Leadership
5
13 mai 2014

Le « service leadership » avec Estella Bih-Neh #1

À l’heure où ses anciens camarades entamaient leur dernière année de Bachelor* dans les universités des métropoles américaines, canadiennes ou orientales, Estella Bih-Neh Nsoh, jeune étudiante camerounaise en 3e année de médecine et première présidente [femme] de la Faculté de Médecine de l’Université de Buéa, m’accordait une interview révélant son caractère exquis et sa maturité précoce.

Sur le chemin de l’aéroport pour son retour au Cameroun, stagiaire pour la deuxième fois à l’Institut sud-africain de recherches sur la tuberculose et le VIH [KwaZulu-Natal Research Institute for Tuberculosis and HIV], Estella me confiait que ça faisait quelques mois qu’elle avait quitté sa chambre d’université pour jongler entre conférences, avions et expériences au laboratoire.

Malgré cet emploi du temps chargé, elle continuait à assumer son rôle de rédactrice à theafricanyouthjournals.com, une plateforme montée par des jeunes Africains déterminés à prendre en main l’avenir de l’Afrique, en proposant des solutions innovantes dans tous les secteurs possibles, mais surtout en exposant leur Afrique positive et dynamique. C’est d’ailleurs sur ce site qu’elle a narré comment elle a ébloui le jury lors du fameux oral lui permettant d’accéder à la prestigieuse École de médecine de Buéa.

C’est finalement en tant qu’alumnus* de l’African Leadership Academy [école panafricaine d’entrepreneurship et de leadership] que je décidai de l’interroger sur son parcours, découvrir ce qu’un cursus de deux ans de leadership avait pu lui apporter. Parce que ce qu’il faut savoir sur elle et sur les centaines d’autres ALAians que j’ai eu à rencontrer, c’est que ces jeunes n’osent pas seulement rêver, ils y croient tellement qu’ils vivent littéralement leur rêve. La preuve, certains sont déjà chefs d’entreprise reconnus ou millionnaires ! Focus sur Estella.

Estella au K-RITH
Estella au laboratoire du K-RITH.       Crédit Photo : Estella Bih-Neh

Comment as-tu entendu parler d’ALA (African Leadership Academy) ?

J’ai entendu parler d’ALA à travers le proviseur de mon lycée au [Nord Ouest], Cameroun. Elle nous a appelés dans son bureau pour nous donner des fiches à remplir pour une certaine école en Afrique du Sud. Elle nous a également fourni l’adresse du site web à travers lequel j’ai eu des informations supplémentaires sur cet établissement.

Étais-tu inquiète à propos du financement ?

Non, je n’ai même pas eu la présence d’esprit de m’enquérir du coût de la pension. Lorsque l’on remplit les formulaires, il est possible de postuler pour une bourse, si on en a besoin. Alors j’ai fait ma demande, ce n’était pas très compliqué.

Quelles étaient tes réalisations avant d’intégrer l’ALA, sur le plan académique et sur celui de l’impact communautaire ?

Sur le plan académique, j’étais la meilleure élève au O Level [BEPC dans le système francophone] dans tout le Cameroun et j’étais la meilleure élève en sciences de mon lycée, juste au moment où j’ai eu vent de l’opportunité qu’offrait ALA.

Sur le plan communautaire, je dirigeais un programme de cours de répétition en mathématiques, physique et chimie pour les élèves fréquentant les établissements publics. J’étais dans un lycée privé et la plupart de mes amis qui étudiaient dans le public, se plaignaient du fait que leurs professeurs ne venaient pas y dispenser les cours prévus. J’ai commencé avec l’idée d’aider mes amis mais à la fin, plusieurs personnes nous ont rejoints. C’était vraiment bien. J’ai toujours aimé enseigner et c’était une occasion de faire une chose dans laquelle je me retrouve.

Le résultat était satisfaisant. Ce qui m’a motivé à poursuivre, c’est le retour positif que je recevais de leurs parents. Apprendre les sciences nécessite beaucoup de patience et si les professeurs ne viennent pas, les élèves se retrouvent avec des lacunes. Ces cours leur ont permis d’améliorer leur compréhension.

Quelle était ton expérience à ALA pendant tes deux ans de formation ?

Euh… Mon expérience était particulière… rires… Premièrement, je pensais qu’ALA était une université. À ce moment, les explications sur le statut de l’académie et de ce qu’ils offraient n’étaient pas très claires. Du coup, je pensais que j’allais intégrer une institution d’études supérieures. C’était durant l’année où je passais mon A Level [Baccalauréat] au Cameroun et je l’ai eu. Tout de même, c’était un choc pour moi quand je suis arrivée à ALA ! Les premiers mois étaient difficiles, car j’hésitais entre rentrer au Cameroun ou poursuivre le programme.

Mais, quelques événements m’ont donné l’envie de rester. Par exemple, le programme axé sur les guest speakers*. Mon ancienne école était bien outillée mais nous n’avions pas une telle plateforme où des invités de marque venaient nous partager leurs expériences. Ces séances m’ont ouvert l’esprit… sur le type de carrière que je devrais embrasser. Avant j’avais ces petits rêves de devenir médecin dans la ville où j’ai grandi, mais quand vous écoutez ces gens qui viennent dans ces réunions, partager les grandes choses qu’ils font, alors vous commencez à croire que vous pouvez faire mieux. Donc à la fin de ma première année, j’ai su que je voulais continuer l’aventure.

Que t’a apporté ALA en termes de développement de tes compétences entrepreneuriales, de leadership ou d’un autre ordre ?

Je dirais le fait de s’exprimer en public. J’étais calme d’habitude, réservée et concentrée uniquement sur les sciences mais ALA m’a vraiment stressée. Maintenant, j’ai développé un esprit de leadership ou comment diriger un groupe de personnes et le pouvoir d’exprimer mes idées de façon précise et concise.

À ALA, j’étais la présidente du gouvernement des étudiants. C’était une expérience intéressante. J’étais déjà préfet dans mon ancienne école, mais ici je coiffais des personnes venant de plusieurs pays. Cela a joué un rôle dans le type de stratégies que je devais adopter : avoir une ouverture d’esprit face à la diversité. J’ai en plus été impliquée dans une entreprise d’élevage de volailles avec d’autres camarades.

Faire aussi des cours de danse sur le campus m’a beaucoup aidé à m’ouvrir aux autres, à vaincre ma timidité et à asseoir la confiance en moi. Je n’ai jamais su que je pouvais danser jusqu’à mon arrivée ici… rires.

Post by KwaZulu-Natal Research Institute for TB and HIV (K-RITH).

Te considères-tu comme un leader ? Si oui, pourquoi ?

Je m’identifie sans doute à un leader, car je sais maintenant les différentes formes de leadership. Être leader ne nécessite pas forcément d’être sur la scène politique comme le président Obama. J’ai découvert mon propre style de leadership qui est le service leadership [leadership de service], où on prêche par l’exemple.

J’ai toujours voulu être un médecin, et je suis sur le chemin en tant qu’étudiante en médecine. Mais j’ai servi, aidé plusieurs personnes de différentes manières, pas nécessairement en me mettant en avant… rassembler les gens, être un mentor, être une source d’inspiration à un niveau basique, c’est déjà ça. Dans la communauté, les gens vous admirent, ils apprécient votre façon de vivre, ils veulent suivre vos pas… là sont les qualités que revêt un leader : être capable d’inspirer vos pairs.

Je me vois aussi comme un leader parce que j’ai toujours eu ma définition personnelle du succès qui est en fait de pouvoir gravir une marche, d’aller d’un point à un autre plus élevé. Je n’ai pas besoin d’aller aux Etats-Unis, au Royaume-Uni ou en Australie pour savoir que j’ai réussi dans la vie. Mais pouvoir progresser d’un état à un autre plus élaboré est une chose que j’ai apprise.

Quelles valeurs humaines t’ont le plus aidée ?

Plusieurs qualités… mais l’humilité m’a vraiment touchée ici à ALA. D’où je viens, j’étais considérée comme l’élève star, la plus intelligente. Arrivée à ALA, vous rencontrez des élèves tout aussi brillants que vous, qui ont été admis parce qu’ils avaient quelque chose de spécial, et qu’ils étaient en quelque sorte excellents. Vous comprenez que vous n’êtes pas le nombril du monde et que pour mieux apprendre des autres, pour vous enrichir davantage, vous devez absolument rester humble.

Quand on est travailleur, ALA nous donne aussi la possibilité d’assister à des événements internationaux, et ça peut facilement donner la grosse tête. J’essaye de lutter contre ça, de rester consciente du milieu d’où je viens et d’être reconnaissante envers la communauté qui m’a toujours soutenu. J’essaye de garder les pieds sur terre.

La diversité m’a aussi interpellée. Quand vous grandissez dans un environnement typiquement camerounais, il y a beaucoup de choses auxquelles vous n’êtes pas exposés. Puis vous arrivez en Afrique du Sud et c’est légal d’être homosexuel… Beaucoup de choses sont si différentes de votre culture et vous devez apprendre à ne pas juger les gens, prendre en compte le type d’environnement dans lequel ils ont évolué. Briser les stéréotypes… on attend toujours parler de guerres au Soudan du Sud et voilà que vous avez une amie originaire du Sud-Soudan qui est si calme, si douce… vous avez des amis du Nigeria qui sont très assidus, ce qui ne colle pas avec l’image qu’on s’était faite d’eux au départ. Ces rencontres, ces amitiés changent votre façon de percevoir les autres et d’interagir avec eux.

Ces valeurs m’ont particulièrement aidée pour la suite. Chaque année, j’ai l’occasion de voyager et de découvrir d’autres cultures et c’est toujours comme si j’avais déjà un prérequis par rapport à la culture en question, à cause de mon expérience passée à ALA. Et quand les gens voient que vous êtes intéressés à leur culture, ils s’ouvrent facilement à la vôtre et ça facilite votre travail.

Dans la suite de notre interview, en plus de nous relater son expérience post-ALA, et de nous livrer ses ambitions, Estella nous communiquera le sésame qui selon elle peut faire passer tout jeune Africain d’un état de désespéré à celui de battant.

Restez scotchés sur notre fréquence Leadership !  

Bachelor* : année de licence.

Alumnus* : ancienne diplômé(e) de l’école.

Guest speakers* : invités appelés à prendre publiquement la parole.

~°~

Entretien traduit de l’anglais et rédigé par NathyK.

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Article : Bloguer, tout un Art !
Mémoires
19
8 mai 2014

Bloguer, tout un Art !

Blogging en tag
Blogging défini en tags.                           Crédit Photo : Luc Legay

Ziad Maalouf (notre encadreur en chef), debout, tout juste derrière moi, le ton ferme, lors d’une émission réalisée en avril 2013, à Dakar, dans les locaux de la West Africa Democracy Radio, disait que bloguer n’était pas fait pour tout le monde et que nombreux sont ceux qui avaient abandonné après un laps de temps. À cela, j’ai ri dans mon for intérieur, en me disant que toutes façons, ça ne m’arrivera pas ! 

Tellement, j’étais passionnée, engagée, « enjaillée »* que le docteur-blogueur ou le médecin-journaliste, comme mes collègues aiment m’appeler, songeait déjà écrire tout un billet pour conter ‘oh combien son amour’ pour le blogging. Et là, je revois Cynthe, sur le chemin entre le siège de l’OIF et la cantine de l’UCAD II me dire qu’elle a du mal à m’imaginer dans une autre peau que celle de blogueuse. Une semaine de permission pour se consacrer à la formation de Mondoblog Dakar et tout semblait si simple. Hélas, pas pour longtemps.

Rewind zzzzzzz… 2009, mon premier blog sur Blogger. Statut : étudiante en médecine, en fin de formation. Temps libre les aprèms et les soirées. Au moins 4 à 5 heures à traînasser au cyber, m’émerveillant devant les avancées de la technologie : raconter ses aventures en ligne, personnaliser son espace, poster des photos et vidéos qui plaisent, livrer ses textes et poèmes aux regards inconnus, écrire sur des sujets qui nous tiennent à cœur… Le premier mois, mars 2009, verdict : 63 articles ! 

Plage de Mahajanga
Plage de Mahajanga, Madagascar.                                   © NathyK

J’adore le blogging, j’y vais à donf. Je n’écris pas seulement. Je lis aussi beaucoup. Chaque soir, dans la salle faiblement éclairée du cybercafé, à l’abri du froid extérieur, je m’immerge dans un monde en couleur, je parcoure les blogs, je suis des gens qui racontent leur vie depuis Israël, l’Australie ou les États-Unis. Je cherche des blogs tenus par des francophiles, des Africains, en Afrique, au Cameroun. J’ai beau chercher, mais j’en trouve peu ou presque pas, en tout cas très peu sont ceux auxquels je m’identifie.

Je suis séduite par l’univers de la photo. Je n’ai pas d’appareil, mais ma cousine en a un. Premiers essais sur Flickr, je ne m’accroche pas trop. Pleins d’inconnus, anglophones de surcroît. Je ne saisis pas bien le principe, je m’inscris et m’en arrête là. Idem pour Twitter. J’apprends que ça peut augmenter le lectorat du blogueur. Je fais l’effort de poster deux ou trois tweets, puis c’est dans les oubliettes. Je suis la seule parmi mes ami(e)s à faire ce genre de choses. Tous ceux que je connais sont sur ce Facebook et c’est tout. Je persévère quand même dans mes billets bilingues, juste pour le plaisir de créer quelque chose de beau, dont on est fier. J’ai 3 ou 4 lecteurs fidèles et ça me suffit.

J’ouvre un deuxième blog pour la beauté de son thème et surtout pour la nécessité d’offrir un espace spécial pour le tourisme virtuel, le phototourisme… Un photoblog qui expose mes clichés des ruelles bondées d’Analakely et de Soarano, des maisons savamment empilées sur les pans des collines qui bordent Ambohijatovo et qui remontent jusqu’au Rova, des jacarandas qui dansent autour du Lac Anosy, du « bord » paisible de Mahajanga avec son imposant baobab, et des enfants malagasy qui s’amusent avec des jouets de fortune sans se soucier du reste du monde. C’est ma dernière année à Tana, j’immortalise ces souvenirs et aujourd’hui que j’ai perdu toutes les traces de ces bouts de vie sur hard drive, mes publications en ligne restent le seul pont me reliant à cet heureux passé.

Fleur qui éclot
Printemps : fleur qui éclot.                                                © NathyK

Fin 2009 – début 2010, je crée un troisième espace virtuel, cette fois sur WordPress. Je vis en Afrique du Sud. Année sabbatique, après neuf ans à courir derrière un diplôme. Je redécouvre Flickr et je retravaille mes illustrations. J’ai l’impression d’atteindre l’apothéose. Mon web-catalogue s’agrandit et le rendu est meilleur. Ce n’est pas fini, Tumblr y passe aussi, mais je laisse tomber après quelques mois. Je n’adhère pas trop à cette communauté trop fashion. Plus de 400 articles publiés depuis le début de mon aventure.

Et tous ces gens que je suivais, toutes ces femmes surtout, qui commencent à écrire rarement, jusqu’à ce que le compteur passe à zéro. Mariées, les joies de la maternité et hop le blog ne compte plus ? C’est pas cool ça, pour nous les followers. Arrêter de bloguer du jour au lendemain. Je me dis, ah non, ça ne m’arrivera pas ! Et dire que je suis à leur place maintenant et je commence à comprendre que bloguer est loin d’être aisé.

2011, je consulte régulièrement RFI à partir de mon terminal et je tombe sur Mondoblog et ses articles tout aussi captivants les uns que les autres. Je lis avec assiduité ceux qui parlent de Labé, de leur Guinée Plurielle… celles qui décrivent la vie à l’étranger, du Pérou à Berlin. L’humour légendaire de Kpelly et de Nguimbis me ravit, Ariniaina me ramène volontiers à Mada et je découvre d’autres pépites à travers le Panda. C’est génial, mais je dois attendre l’année qui suit pour y déposer ma candidature.

2012, me voilà Mondoblogueuse. La motivation est au top ! C’est aussi cette année qu’avec mon fils de 1 an, je débarque au pays de la Téranga… Un lourd programme de 4 ans m’attend. Néanmoins avec l’engouement de mes nouveaux camarades de la plateforme et la rapidité de ma connexion Wi-Fi, je suis encouragée. Je blogue, je tweete, je facebooke. L’Homme peut mettre le numérique au service de grandes causes. Super !

Avril 2013, le grand rendez-vous avec des rencontres extra. Ma motivation double. Je m’accroche, j’écris la nuit, je ne rate pas une occasion de faire des rencontres pour fournir matière à mes billets, je prends des tonnes de notes que je garde dans mes placards, jusqu’à ce que je sois à la limite du burnout. L’appel du corps me pousse à ralentir le rythme effréné de mes activités. Septembre arrive, je compte en profiter mais la parenthèse de Johannesburg est brève.

Le 18 octobre, le jour même de mon retour sur Dakar, portant la petite graine que je devrais couver pendant 9 mois, je commence les gardes et les permanences à l’hôpital. Je déménage, j’emménage… Téléphone en panne, plus de Wi-Fi. J’enchaîne sur les séminaires, les examens, les réunions, les programmes… Les mois défilent.

Nous sommes en 2014 : moi, épouse, maman, médecin, avec d’autres responsabilités en sus. Euh, bloguer devient un luxe. Ça devient un souvenir vieux, lointain, vague comme le monde… c’est désormais dans les archives, c’est un terme méconnaissable, un mot dans une langue étrangère… jusqu’à ce qu’arrive mon congé de maternité. C’est à ce moment que je confirme que « bloguer est un vrai job ». Si on veut s’inscrire dans la durée, bloguer doit devenir plus qu’un simple passe-temps facultatif, et non, la passion ne suffit pas !

Finalement, je tire les leçons et je fais le point :

  1. Bloguer, c’est se rendre disponible. Le temps est précieux mais en 24 heures, on peut faire beaucoup de choses si on définit bien ses priorités et qu’on cale ses plages horaires. Avec une disponibilité de 30 minutes par jour, il est possible de publier un article de très bonne qualité chaque semaine et d’en assurer la promotion.
  2. Bloguer, c’est savoir s’organiser. Tout artiste a sa manière d’apprêter son matériel, de nettoyer ses pinceaux, d’installer sa toile, de travailler sa position. Ainsi, le blogueur doit trouver un sujet intéressant, qu’il doit aborder de façon pertinente, regrouper ces ressources, chercher des images adéquates, penser et repenser son texte.
  3. Bloguer, c’est aussi se critiquer. L’un des conseils les plus importants reçus au séminaire de rédaction médicale, c’est d’être son premier critique : ne surtout pas imaginer que le monde est rose, qu’on nous aime et qu’on aura que des compliments. Il faut faire preuve de sérieux, de rigueur pour être crédible et respecté. Travailler le fond et la structure est tout aussi important qu’accorder de l’attention à la forme, au style, à l’orthographe… Il est essentiel de prendre le temps de se relire, de vérifier ses sources, de se corriger ou même de se faire corriger. « Il faut pouvoir anticiper sur le pire des commentaires » dixit Pr Gallo Diop.
  4. Bloguer, c’est entretenir sa communauté. Les réseaux sociaux aident beaucoup mais encore faut-il être présent, dynamique et réactif. Maîtriser sa ligne éditoriale, interagir avec son lectorat, se montrer courtois, être ouvert, lire et commenter les articles d’autres blogueurs, faire preuve d’originalité sont autant d’éléments indispensables.
  5. Bloguer, c’est être d’actualité. Ça vaut aussi bien pour les sujets que l’on choisit que pour les outils que l’on utilise. Participer aux formations comme celle qu’offre annuellement Mondoblog, c’est : prendre des notions de base en datajournalisme, en référencement ; connaitre les avantages et les limites du blogueur ; savoir faire la vérification des sources d’information ; assurer sa sécurité en ligne,…, et s’exercer au freejumping** !

Bloguer, c’est tout un art. Alors un coup d’essai ou un coup de maître, à vous de choisir.

PS : suivez #Mondoblogabidjan sur Twitter et sur Facebook.

Le blogueur, citoyen digne qui choisit la plume comme arme de transformation sociétale #MondoblogAbidjan, @ReneMouna @GKowene @arsenebaguma

— chantal faida (@ChantalFaida) May 4, 2014

 

Enjaillée* : argot ivoirien signifiant prendre du plaisir, s’amuser, être content.

Freejumping ** : mouvement lancé par Cyriac Gbogou qui consiste à immortaliser sur photos des grands sauts dans les airs. Il me semble que ce mouvement s’inscrit dans le cadre d’une manifestation de joie et de liberté.

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NathyK

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Article : La nouvelle génération des leaders africains
Leadership
11
12 octobre 2013

La nouvelle génération des leaders africains

African Leadership Academy
Siège de l’African Leadership Academy à Johannesburg.
© NathyK

« Dans cinquante ans, vous aurez laissé votre marque sur ce continent en tant que génération et en tant qu’individus. L’Afrique sera transformée grâce à votre dur labeur. »

Ce sont les mots extraits du discours de Graça Machel Mandela, à l’ouverture officielle de l’African Leadership Academy, le 08 février 2009 ; l’école panafricaine des leaders, la première de son genre, sise à Honeydew, un quartier industriel au Nord-Ouest de Johannesburg, en Afrique du Sud.

Le Ghanéen Fred Swaniker et l’Américain Chris Bradford, les cofondateurs ont à peine la trentaine quand ils décident de se lancer dans cette folle aventure, il y a cinq ans de cela. Leur vision est de transformer le continent à travers l’esprit de leadership et l’action entrepreneuriale. Le modèle de leadership implémenté est simple mais s’avère efficace au fil des années et des expériences.

      1. Le potentiel :

La première tâche est de dénicher des jeunes pleins de talents mais surtout preneurs d’initiatives, comme Joel Mwale, un Kényan âgé de 17 ans, qui après avoir subi les affres de la dysenterie dans son village natal, a fondé SkyDrop Entreprises ; une société qui a produit, à partir de l’eau de pluie, plus de 100 000 bouteilles d’eau potable en 2011. Un cas qui n’est pas isolé.

      2. La formation :

Un programme de deux ans est offert aux lauréats, qui ont pour la plupart entre 16 et 19 ans. Ils devront grandir intellectuellement et développer leur potentiel de base. Les cours obligatoires sont les classes de Leadership, d’Entrepreneurship et d’African Studies ; il faut bien connaître l’histoire de l’Afrique, sa situation par rapport au reste du monde, pour agir comme un levain et propulser le continent sur la scène internationale. Les matières plus conventionnelles telles que l’économie, le business, les langues et les sciences y sont aussi enseignées, suivant un mode très participatif.

Ces deux années seront l’occasion de mettre sur pied des entreprises pour certains et de créer un impact plus fort dans les communautés pour d’autres. Oui, vous avez bien lu. Les « ALAians », comme ils aiment s’appeler, ont compris qu’avoir des A en mathématiques et attendre tout bonnement que les régimes africains se succèdent, ne peuvent pas apporter un changement rapide et concret à la croissance communautaire. Alors, ils passent eux-mêmes à l’action.

      3. L’opportunité :

Que vaut le talent sans le travail constant et l’opportunité ?

C’est pour cette raison qu’un réseau influent de donneurs travaille en partenariat avec l’Académie. C’est grâce à leur générosité que les élèves peuvent poursuivre leurs études supérieures dans les universités les plus prestigieuses d’Amérique, assister à des sommets à l’échelle internationale, effectuer des stages dans les multinationales les plus florissantes, et ce quels que soient leurs backgrounds.

C’est à travers ces opportunités que Fatoumata Fall du Sénégal a intégré l’Université d’Harvard en 2010 et que William Kamkwamba, l’enfant prodige du Malawi, a présenté son projet de développer le secteur des Énergies de son pays, lors des conférences globales de TED, WEF et CES.

ALA cérémonie
Cérémonie d’ouverture : 6e Promotion ALA.
© NathyK

La procédure pour postuler à ALA est plus complexe. Seuls ceux qui auront démontré le plus de courage, de persévérance, de passion et de valeurs arriveront à y décrocher une admission. En effet, on dénombre trois étapes qui vont permettre de sélectionner 100 élus parmi 3000 postulants africains. Actuellement, plus d’une quarantaine de nationalités sont représentées sur le campus. Le ratio homme/femme est de 1.

Pour la petite histoire : j’ai eu le privilège d’être comptée parmi les membres du jury pour la dernière étape de la sélection de 2012 et l’une des questions posées était du style : « si on vous donne 1000 francs et vous devez ramener la somme de 10 000 francs, quel est votre plan ? ». Si vous répondez : « je vais garder cet argent à la banque et attendre que les intérêts s’y ajoutent ». Eh bien ! Vous venez d’échouer royalement au test d’entrepreneurship.

Il ne suffit pas d’avoir l’esprit créatif. Il faut également savoir énoncer et agencer ses idées de façon claire, logique et concise et ça, c’est une caractéristique de leader… Dire des choses pertinentes et constructives, en gardant une bonne dose d’humilité ; le juste milieu qui fait la réussite d’une belle présentation.

Pour clore le chapitre des opportunités, l’une des chances les plus incroyables que ces jeunes leaders ont : c’est de rencontrer des modèles d’inspiration comme le couple Obama, la chanteuse emblématique Yvonne Chaka Chaka, le gouverneur de la Banque Centrale du Nigéria Sanusi Lamido, l’ex-président sud-africain Thabo Mbeki, pour ne citer que ceux-ci.

Chaque semaine, des guest speakers issus de divers domaines, des activistes des droits de l’Homme aux scientifiques, des entrepreneurs aux dirigeants, sont invités à partager leur vision et leur expertise aux apprenants avides de savoir ; la meilleure manière de démystifier ces positions stratégiques et de se rapprocher de son rêve de futur leader.

Devenir un vrai leader ne nécessite pas seulement le savoir-faire ; il faut avant tout savoir être. Ce sont les valeurs humaines qui font le plus défaut aux patrons de ce monde. Diriger sans incarner aux préalables ces vertus équivaudrait à conduire le Titanic droit vers l’iceberg. Les six qualités les plus encouragées dans cette institution au modèle unique sont : l’intégrité, la curiosité, l’humilité, la compassion, la diversité et l’excellence.

Ces jeunes de 20 ans peuvent être très coriaces. Ils placent toujours la barre plus haute. Oui, à ALA, la valeur n’attend point le nombre d’années. C’est fou comme un article du VuvuzAla « how complex are the roots ?* », par Kwasi Adu-Berchie un étudiant ghanéen, peut dépeindre la situation africaine et y fournir des voies de sortie.

Mais c’est plus effarant, quand Estella Bih Neh Nsoh, une jeune étudiante camerounaise en 3e année de médecine à L’Université de Buéa, Alumni 2010 d’ALA, me confie que depuis 3 mois, elle est hors du pays, dû à son agenda chargé de conférence et de stages à Lagos au Nigeria et à Durban en Afrique du Sud. Si vous êtes intéressés par son histoire, suivez-nous dans notre prochain post.

« Ne doutez jamais qu’un petit groupe de citoyens conscients et engagés peuvent changer le monde ; en réalité, c’est de cette manière que le changement s’est toujours fait. » Margaret Mead

ALA sur  Facebook, Twitter, Youtube, site web officiel, blog.

ALA sur CNN et Al Jazeera.

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Par Nathalie Kangami.

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* How complex are the roots ? : À quel point les racines sont-elles enchevêtrées ?

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Article : La conférence grands témoins
Sénégal
7
2 octobre 2013

La conférence grands témoins

« Les études postcoloniales et la longue durée de l’histoire africaine » fut l’intitulé de la conférence grands témoins qui s’est tenue le 31 mai 2013 au Théâtre de verdure de l’Institut français de Dakar. Ce dialogue institué entre Achille Mbembe, professeur d’histoire et de science politique à l’université de Witwatersrand à Johannesburg, et Ibrahima Thioub, historien et directeur du Centre africain des recherches sur les traites et les esclavages, fut modéré par Oumar Ndao qui assure également la Direction culture et tourisme pour la ville de Dakar.

Conférence grands témoins
La conférence grands témoins à l’IF de Dakar.                                © NathyK

Si les évènements antérieurs du Tandem Dakar-Paris attiraient une population relativement jeune et branchée, cette prestation a ameuté une frange plus mature qui n’a pas perdu de son dynamisme, à l’instar de cette Camerounaise à la mèche grisonnante assise une rangée devant la mienne. Les places toutes prises, la causerie a débuté sur un ton léger avec des anecdotes sur les malentendus de l’Afrique, comme pour briser la solennité de cette rencontre historique.

Le professeur Thioub a ouvert le bal en affirmant avec assertion que le moment colonial est toujours présent et qu’il est imprégné dans nos sociétés. Il a mentionné que les études postcoloniales ont été traitées plus tôt dans les universités anglophones et qu’elles sont arrivées tardivement sur la scène francophone. Il a ensuite suggéré d’aller au-delà du postcolonial en tentant de décrire ces approches.

« On a eu les indépendances sans décolonisation. »

D’après lui, accéder à la communauté internationale ne résout pas la question par rapport à la colonie. D’une part il y a une verticalité des rapports et d’autre part, nous (Africains) cherchons ce nous-mêmes perdu qui nous met en situation de multiplicité. D’où a émergé le terme de « schizophrénie » (malgré l’analogie communément admise, le terme médical renvoie plus à une dissociation de l’unité de la personne qu’à une multiplicité de personnalités). Il a continué en disant que même vaincre la colonie ne nous sort pas de cette situation.

« Les postcoloniaux considèrent la colonisation comme un moment compact qui n’évolue plus dans le temps. Il y a eu un avant la colonisation… et nous n’étions pas destinés à être colonisés, en premier lieu. »

Il a expliqué que le classement des individus se fait encore en fonction de la couleur de la peau ou des classes sociales : indigène, citoyen, colonisateur, colonisé. Puis, il a évoqué le complexe des Africains face à ce moment de l’histoire : « Faisons-nous Africains ce que nous faisons parce que nous sommes noirs ou parce que nous sommes homo sapiens sapiens ? ». Pour lui, le rapport unilatéral de domination – parfaitement illustré par le « discours du 19e siècle » de Nicolas Sarkozy à Dakar – doit disparaître et laisser place à une bilatéralité franche.

Le professeur Thioub a achevé son allocution avec la vision imagée de l’impuissance du système postcolonial que le multiprimé écrivain sénégalais Ousmane Sembene a décrite dans son roman Xala avec les trois femmes : la première femme qui est de Gorée représente la traite négrière ; la deuxième femme, originaire de Saint-Louis (ex-capitale coloniale), symbolise la période coloniale ; la troisième femme : la Dakaroise rappelle une indépendance qui est restée infertile malgré tout.

Puis ce fut le tour du professeur Mbembe de nous livrer le plat de résistance. La substance fut difficile à digérer tant il fallait avoir un dictionnaire incorporé pour retranscrire ses termes en français facile. L’auteur de « La colonie : son petit secret et sa part maudite », « Critique de la raison nègre » et « Sortir de la grande nuit » a entamé sa partition en récusant le discours victimaire des Africains qui détient une fonction double, à tort : d’un, réclamer une espèce de dette à l’égard de l’Occident (à supposer que dans ce cas, il ne faudrait pas se méprendre sur la nature de cette dette) ; de deux, échapper à l’exigence d’autoresponsabilité dans la mesure où nous (Africains) ne pouvons pas demander des comptes à l’autre sans l’avoir demandé à soi-même, selon le principe de responsabilité qui incorpore aussi la justice.

« Le courant postcolonial n’est pas une théorie, mais une constellation ; un ensemble de pratiques intellectuelles, politiques, esthétiques, tout aussi foisonnantes que divergentes et fondamentalement fragmentées au point où au fond, on peut se demander ce qui en constitue l’unité. »

Ce que professeur Mbembe a trouvé productif dans cette constellation, c’est son objet : la concaténation des mondes, l’entremêlement des histoires, sous la férule du capitalisme c’est-à-dire qu’il n’y a pas une histoire de l’Afrique qui ne soit pas en même temps une histoire de l’Europe, de l’océan Indien, etc. Il a poursuivi en soulignant que l’Atlantique constitue le lieu de naissance du capitalisme et l’Afrique en est le berceau, grâce à sa marchandise (les esclaves : aspect d’humanité, mais aussi objet).

« La race est une dimension génétique du capitalisme et la figure du nègre en est la métaphore vivante. »

Afrique précoloniale
Carte de l’Afrique en période précoloniale.
Crédit photo : Jeff Israel/Monsieur Fou

La colonisation a été décryptée en trois aspects distincts :

  • C’est un fait qui a bel et bien eu lieu à un moment donné de l’histoire.
  • C’est un évènement dans la mesure où il a été investi de signification multiple, à la fois par ceux qui l’ont initié que par ceux qui l’ont subi. C’est un évènement psychique s’inscrivant dans la carte mentale comme une énigme dont l’absence de signification nous exposerait manifestement à un risque de démence. Elle nous convoque en tant qu’Africains à la résoudre. Qu’est-ce que cet évènement a à nous dire ? Il faut laisser ouverte, sujette à débat, la question coloniale.
  • C’est une situation ; il y a une actualité intellectuelle de la colonisation. La colonie nous appartient à tous. Elle est une coproduction des colons et des colonisés. La colonisation, qui est la forme primitive de la domination des races, est objectivement le fondement d’un rapport inégalitaire.

Dans ce chapitre des migrations, le Pr Mbembe s’est inspiré de son vécu en Afrique du Sud pour exposer le cas de l’apartheid – exemple patent de l’histoire de trois mondes – qui s’est progressivement constitué autour de longs siècles et dont la société a enfin eu la possibilité du recommencement radical que l’on connaît. Il a attiré l’attention sur le fait que ce moment d’ouverture très fragile succède à des tentatives de refermeture, et que s’il n’est pas surveillé nous reconduira inévitablement au point de départ. D’où l’importance d’un dialogue continu, en une phrase : « Nous héritons du monde dans son ensemble ».

« L’Afrique dans le monde actuel doit être pensée comme le lieu où se joue l’avenir de la planète. C’est le renversement des hypothèses historiques qu’il nous faut réaliser. »

Comment y procéder ?

Selon l’orateur, nous sommes obligés de sortir des cadres de réflexion déjà proposés, des processus mortifères et réhumaniser les rencontres. À titre d’illustration de ces procédés qui mettent l’Afrique en péril :

« Les élites africaines ont fait un contrat avec le partenaire atlantique pour prendre des captifs-objets et écraser la masse rurale pour aller travailler dans les champs de coton du Mississippi. De nos jours, les jeunes font de la livraison à domicile en allant dans les pirogues sur les côtes de l’Espagne… La Guinée qui vend de l’uranium à la France et les Guinéens qui continuent à s’éclairer à la bouse de vache. »

Il y a eu la proposition américaine qui tourne autour du militarisme, la proposition mercantiliste de la Chine, mais nous (Africains) devons mettre notre propre proposition sur la table, qui devrait s’orienter dans le sens de refaire la force propre du continent parce qu’il n’est pas seulement de l’intérêt des Africains que l’Afrique se mette debout d’elle-même. Cette réflexion a abouti à une offre de créolisation :

« Déconstruire le Blanc dans l’imaginaire du Noir et du Noir dans l’imaginaire du Blanc, pour que le plat colonial devienne le plat de tout le monde, pas seulement du monde. »

Voilà, le débat a été laissé ouvert pour que cette situation héritée par nous tous, soit réfléchie par chaque être humain, Africains en premier, car au centre de sa propre histoire. Après avoir décanté la double dimension analytique et pragmatique des interventions historienne du Pr Thioub et visionnaire du Pr Mbembe, je suis passée de l’état de la passante parachutée à cette rencontre galvanisante, à celle de citoyenne qui détient un pouvoir : son futur, celui de l’Afrique et du monde, dans le creux de sa main. Faire une fixation sur un temps de l’histoire et rester prisonnier des actes posés par les anciens entravent notre progression dans tous les sens du terme.

En tant qu’adepte de discussion intellectuelle, enfant de l’Afrique (concernée par son histoire), et aspirante psychiatre (ouverte aux différents modes de penser, de sentir et d’agir), m’intéresser à cette vision de responsabilité partagée, de dialogue bilatéral et de reconstruction interactive fut indéniablement l’un des plus enrichissants moments que j’ai eus à vivre à Dakar. Puisque la psychanalyse se poursuit, je vous laisse sur cette citation :

« La dette morale ne se rembourse pas, parce qu’elle échappe à toute économie. Elle est si colossale qu’elle est sans prix et qu’on ne peut jamais la rembourser. »

——–

Propos recueillis et rédigés par Nathalie Kangami.

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Article : Retour sur les dernières traces du Tandem à Dakar
Culture
2
1 octobre 2013

Retour sur les dernières traces du Tandem à Dakar

Le pan dakarois du Tandem Dakar-Paris s’est officiellement achevé le 28 Juin dernier. De juillet à décembre, ce sera au tour de Dakar de se transporter et de se produire en terre parisienne. Parmi les divers échanges que ce rendez-vous entre deux capitales suscitera, la Black Fashion Week avec les stylistes Sidy Coumba Diambou et Maguette Gueye et le débat d’idées « échanger pour changer » – la politique culturelle de la France en Afrique – seront les activités-phares du mois d’octobre. Pour ceux qui sont à Paris, n’hésitez pas à suivre l’actualité en ligne sur le site du Tandem.

Tandem
Tandem familial.                                     Crédit photo : Bundesarchiv

Quant à moi, je reviens sur les derniers évènements auxquels j’ai pris part. Ma persévérance à fréquenter le Cinéma Christa fut dûment récompensée. En effet, la dernière projection que j’ai visionnée fût de loin la meilleure comparée aux précédentes et il figure dans mon Top 3 des meilleurs films africains de ces 10 dernières années. Je cherche toujours les deux autres… L’absence, un drame afro-français de 71 minutes, produit en 2010 par Mama Keita, brillamment joué par feu Mouss Diouf et l’acteur Mame Indoumbe Diop, fut palpitant de la première à la dernière seconde. Vous pouvez retrouver le résumé ici.

Sur la scène Slam et Hip-Hop ; Grand Corps Malade, Didier Awadi, Matador et DJ Nelson ont enflammé le plancher de la Biscuiterie Médina le soir du 14 Juin. Amateur de poésie et de slam, je ne savais pourtant rien du Vendredi Slam, une soirée de prestation qui se tient depuis plus de trois ans dans la capitale de la Teranga. Je n’en savais pas plus sur Grand Corps Malade, ni sur Didier Awadi malgré leur notoriété (pardonnez mon ignorance). Ce fût l’occasion pour moi de découvrir le timbre suave et le style entrainant de l’un, la surpuissance du verbe et l’engagement de l’autre. Si comme moi, vous êtes fascinés par cet art oratoire, adhérez aux communautés Vendredi Slam de Dakar et Madagaslam de Tana à travers leurs pages Facebook. En attendant, je vous laisse sur scène avec cette vidéo du slam sud-africain : Bothlale, la gagnante de South Africa’s got talent 2012.

Retrouvez-nous dans le prochain billet pour le compte-rendu de la conférence grands témoins.

~°~

NathyK

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Article : Galerie : une virée à Gorée en 10 escales
Culture
12
18 septembre 2013

Galerie : une virée à Gorée en 10 escales

L’Île de Gorée est l’un des repères historiques les plus importants de l’histoire de la traite négrière qui a eu lieu pendant trois siècles. Un carrefour si important qu’il a reçu la visite de millions de personnes de diverses nationalités, y compris de nombreuses personnalités telles que Nelson Mandela, le pape Jean-Paul II, tout récemment le président Obama, mais aussi ne l’oublions pas de quelque cinquante mondoblogueurs venus en « pèlerinage » sur le lieu qui fut jadis le point de non-retour des ancêtres des Afro-Américains.

Oui, tels des pèlerins, les mondoblogueurs étaient rassemblés cette matinée du 07 avril, écoutant d’un air grave le récit de celui qui nous conta avec passion et émotion, l’histoire tragique des esclaves africains et de l’Afrique dans son ensemble.

      1. Gorée et le Coumba Castel

Chaloupe
La chaloupe « Coumba Castel ».                                                 NathyK ©
Cabine
Le Port
Cargo
Cargo au quai

Aujourd’hui, je vous propose de naviguer à travers des cartes postales, à la découverte de Gorée. Une autre Gorée, plus gaie et plus lumineuse. Pour raconter l’histoire de cette île, il faut plus qu’un livre, plus qu’un film. Nous allons commencer par dire que Gorée vient de la contraction des mots « Goede Rede », nom donné par les Néerlandais. L’île fut précédemment appelée « Beer » par les autochtones. Les esprits ou « Djinns » faisant partie intégrante de la tradition sénégalaise, le génie qui protègerait l’Île de Gorée se nomme « Coumba Castel », du même nom que notre chaloupe.

Notre seconde visite à Gorée, en août dernier, commença par le départ du port autonome de Dakar. Je décidai d’aller me percher près de la cabine de pilotage, conduite par les officiers de la marine sénégalaise. Je pus admirer la vue magnifique sur la mer, les cargos chargés de marchandises et bien sûr profiter de la douce brise qui nous faisait oublier le temps d’un moment la chaleur lancinante de Dakar. Nous ne prîmes pas plus de quinze minutes pour apercevoir les bâtisses colorées de Gorée.

      2. Gorée et ses guides

Le bord
Gorée, au bord de la mer.                                                             NathyK ©
Sur la chaloupe
Embarcadère
Bâtissses
Prison

Sur la chaloupe, je fis connaissance avec un Baye-Fall – membre d’un groupe religieux du Sénégal, reconnaissable, au look particulier dont les dreadlocks – qui me proposa son aide puisque j’avais du mal à me prendre en photo. À la descente, nous fîmes chemin ensemble et c’est ainsi qu’il devint notre guide. Ibrahima nous expliqua qu’il n’était pas un guide touristique officiellement reconnu. Mais sans blague, qu’il était chevronné ! Non, seulement il était gentil et disponible mais en plus il racontait l’histoire de l’île avec une précision exceptionnelle. Je fus définitivement marquée par la capacité de sa mémoire et sa facilité à s’exprimer.

Presque tous les guides étaient des Baye-Fall. Ils vivaient aussi de la vente de leurs œuvres d’art (tableaux, vêtements traditionnels, bijoux…). Habitués au contact avec l’étranger, plusieurs d’entre eux étaient polyglottes. Adeptes du mouridisme, on retrouvait ici et là des représentations de Serigne Touba Mbacké, comme dans la plupart des ruelles de Dakar. Contrairement à la venue de l’ex-président Bush où ils étaient enfermés dans des pièces hermétiques, lors de la visite de Barack Obama, ils avaient relativement eu le droit de circuler, à en croire les dires d’Ibrahima.

      3. Gorée et son art

Art plastique
Tableaux suspendus entre les baobabs.                           NathyK ©
Musée
Marché Castel
Art
Tableaux Sénégal

Nous marchâmes droit vers le Fort Castel. Ce fut difficile de résister à l’appel des marchands près du marché Castel, surtout qu’il y avait une dame qui nous avait repérés durant la traversée, mais les poches vides nous ne pouvions que contempler de loin les bijoux. Les Sénégalais, tout comme les Malgaches, sont des artistes dans l’âme. L’art plastique sénégalais est d’habitude très coloré. Les couleurs vives représentent souvent la terre, la nature, le ciel, l’Afrique ou encore les femmes et leurs enfants. Je le trouve vivant, riche et très expressif comme l’Afrique.

      4. Gorée et le Fort Castel

Fort Castel
Le Fort Castel.                                                                                      NathyK ©
Blockhaus
Moteur canon
Souterrains
Serigne Touba Mbacké

Gorée fut un emplacement stratégique, très discuté entre les colonies. Plusieurs colonies prirent successivement les rênes de cet endroit, des Portugais aux Français. C’est ainsi que le « Fort Castel » (castle en anglais) fut aussi baptisé du nom de « Saint-Michel » par les Français. En effet, cette île est le point de l’Afrique le plus proche des Amériques. Il était donc plus facile et plus rapide d’y acheminer de la main-d’oeuvre de l’intérieur du continent vers Gorée et de Gorée vers les Amériques. Mais ce n’était pas le seul « marché d’esclaves », puisque au Cameroun à Bimbia, le même scénario dramatique avait eu lieu.

      5. Gorée et son canon

Canon
Sur le canon.                                                                                          NathyK ©
Souterrain canon
Sortie
Canon
Souterrain

Nous escaladâmes le canon proéminent, vieux et rouillé. Depuis le départ des derniers colons, des dispositions avaient été prises pour qu’il soit hors d’état de nuire. Il avait été partiellement détruit, notamment au niveau de ses extrémités. Si toutefois, une balle était introduite à travers le canon, elle s’arrêterait bien avant d’être expulsée et exploserait surplace.

De ce lieu, les occupants pouvaient aisément avoir le contrôle de Dakar et se protéger de toute invasion. Ce canon n’aura servi qu’une seule fois, à faire couler un navire dont l’épave engloutie non loin de l’embarcadère est contournée par les bateaux qui accostent à Gorée. Aujourd’hui, le gros canon est détourné de Dakar et les souterrains communicants du Fort Castel servent désormais de lieux d’habitations aux Baye-Fall et aux Goréens.

      6. Gorée et sa flore

Plante
Plante médicinale.                                                                              NathyK ©
Baobabs
Fétiches
Mémorial
Namaste

J’appris également que l’île est riche de par sa flore, à l’instar de cette plante ci-dessus, qui est très utilisée chez les femmes parturientes. Elle aurait des vertus qui faciliteraient l’accouchement, sans douleur. Elle est également utile pour protéger le nouveau-né contre les mauvais djinns.

En plus des constructions qui rappellent la vieille France et de l’omniprésence de l’art, la troisième similitude que je trouve entre Gorée et l’Île rouge (Madagascar), c’est la présence des baobabs. Les jeunes pousses sont vendues aux visiteurs et les fruits que ces arbres majestueux produisent sont nourrissants et rafraîchissants. Demandez à goûter au jus de bouye à votre prochaine visite au Sénégal.

      7. Gorée et sa beauté exotique

Panorama
Vue panoramique.                                                                               NathyK ©
Signe d'Allah
Maison coloniale
Bâtiments
Dakar

Gorée est avant tout une île, pas très grande certes, mais qui réclame son côté exotique. C’est une destination reposante, charmeuse, qui laisse le visiteur rêveur aller et venir dans ses pensées. L’eau froide de l’Atlantique rafraîchit aussi bien la peau que l’esprit. Les restaurants qui bordent la côte offrent des délicieux plats de riz aux fruits de mer, une joie explosive pour le palais.

On peut apercevoir de ses bords, la presqu’île de Dakar avec son centre-ville « le Plateau », le palais présidentiel et les autres édifices. Chaque année se tient un concours de natation dont les participants nagent de Gorée vers Dakar.

      8. Gorée et ses monuments

Mémorial Castel
Mémorial de Gorée du Castel.                                                   NathyK ©
Castel
Art
Galerie art
Centre BJ Ndiaye

Au fur et à mesure que nous avancions, notre guide s’attelait à nous raconter l’histoire de chaque coin de terre. L’une d’elles était celle du Mémorial de Gorée du Castel qui a été inauguré le 31 décembre 1999 par l’ancien président du Sénégal, S.E. Abdou Diouf. Ce monument a été dédié à l’Afrique et à sa diaspora.

Près de ce bâtiment, nous avons eu le plaisir de visiter un artiste qui, avec les différents types de sol (terres rouges, volcaniques, sableuses…) et de la sève de baobab, fait de très beaux tableaux à la commande, si jamais vous passez par là.

      9. Gorée et ses sites historiques

Centre médico-social
Centre médico-social de l’Ile de Gorée.                             NathyK ©
Eglise
Plaque
Maison des Esclaves
Armes

L’Île de Gorée n’est pas une place historique seulement à cause de la traite négrière. Sur la rue de l’Église se trouve ce qui fut l’École de médecine de l’AOF (Afrique occidentale française) – reconvertie en centre médico-social dépendant de l’Ordre de Malte -, la place du Cardinal Hyacinthe Thiandoum et l’Église St Charles Borromé.

Les autres sites sont : l’École Normale William Ponty où ont étudié plusieurs chefs d’État africains, l’une des plus anciennes mosquées du Sénégal, ainsi qu’une redoutable prison.

      10. Gorée et le souvenir de la traite des Noirs

Statue libération esclavage
La Statue de la Libération de l’Esclavage.                        NathyK ©
Salle de pesée
Cellule des récalcitants
Cellule des récalcitrants
Fenêtre cellule

La Maison des Esclaves fut le dernier endroit auquel nous rendîmes hommage. Près de celle-ci se trouve un monument baptisé « la statue de la libération de l’esclavage », offert le 31 juillet 2002 par les frères guadeloupéens à leurs frères d’Afrique. À l’intérieur de la maison, nous visitâmes les salles de pesée, les cellules des hommes, des femmes, des enfants et des récalcitrants.

En effet, les individus étaient classés par catégories et la différence entre les hommes était déterminée par leur poids. Les moins de 60 kilogrammes étaient considérés comme invalides et devaient être nourris à base d’une farine enrichie au niébé (sorte de haricot très nutritif). Si à la date du départ, ils n’avaient pas atteint le poids requis, ils étaient vendus aux colons de l’île pour y servir en tant que domestiques.

Se nicher dans la petite cellule des récalcitrants, marcher vers la porte du non-retour ou voir les armes et autres objets de contention utilisés par les esclavagistes ne laisse aucun visiteur totalement indifférent. Sentir le vent impitoyable siffler, se faufiler entre les rocs des cellules lugubres et s’imaginer que les maîtres de l’époque vivaient confortablement au-dessus de ces lieux de torture donnent froid au dos. Malheureusement, plusieurs siècles après ce sinistre spectacle, on ne peut toujours pas affirmer que l’ère de la barbarie humaine est complètement révolue.

Nous n’eûmes pas le temps de visiter la Maison d’Éducation Mariama Ba, célèbre pour la qualité de son éducation, ni les différents musées, gardiens des vestiges du passé. Cela nous donnera plus d’une raison de retourner à Gorée, l’île aux mille cachettes.

~ °~

NathyK

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Article : C’est la rentrée
Non classé
10
13 septembre 2013

C’est la rentrée

C’est la rentrée !

Sawubona, Dumela, Heita, Sanibonani, Goeie môre (1) !

Oui, nous sommes presqu’en mi-Septembre et c’est la rentrée dans mon blog. A tous mes fidèles lecteurs, on n’abandonne pas une passion du jour au lendemain. Je suis de celles qui prennent des vacances, dans une vie « intégrée » où tout s’imbrique harmonieusement dans le sens de la complémentarité.

North Johannesburg Panorama
Vue panoramique de Johannesburg Nord.
Crédit photo : Mister-E

Ceci dit, laissez moi vous dire que beaucoup trop de choses se sont passées à Dakar entre-temps, des choses qui ne peuvent pas être contées en un billet. Je suis de retour à Johannesburg pour mon congé annuel et je vous parlerai pour l’instant de façon rétrospective :

  • du début de mes vacances dans la galerie « une virée à Gorée en 10 escales », vous découvrirez ce que les mondoblogueurs n’ont pas eu le temps de voir au mois d’Avril de cette année (clin d’œil au top 10) ;
  • des derniers événements du « Tandem Dakar-Paris » auxquels j’ai pris part. Je vous parlais tantôt d’un débat de titans avec en guest talk le professeur camerounais Achille Mbembe. Ce fut une soirée mémorable. Vous aurez les détails bientôt ;
  • de mes cours d’ethnolinguistique avec notre très cher Professeur Lamine Ndiaye. Si vous avez la chance de le rencontrer… c’est une institution ce Monsieur et il est le premier à le savoir ! Ceux qui le connaissent savent de quoi je parle ;
  • du « sens de la folie en Afrique et du statut du fou dans les sociétés africaines traditionnelles et modernes ». Il s’agit du sujet de notre examen d’ethnolinguistique. Dans ce billet, j’aurais l’occasion de poster publiquement mon devoir ;
  • de mon entrevue avec le Dr. Omavi Bailey qui m’a entretenue pendant plus d’une heure sur le lien entre la psychiatrie, la médecine « intégrative » et la contribution que le continent africain peut apporter au monde, pour le développement de ces filières ;
  • des 10 points à maîtriser pour affiner votre taille, tout en gardant un derrière charmeur. Ça promet les gars (un autre top 10) ;
  • de mes cours d’anthropologie, spécifiquement de la représentation culturelle de la maladie et de la revue périodique : « Psychopathologie Africaine ».

Nous ne quitterons pas Johannesburg sans donner nos impressions sur l’expérience sud-africaine, surtout durant cette période post-critique que représente la post-Apartheid, d’autant plus qu’on sait que le fantôme de ce moment monstrueux et pénible flotte encore dans les airs de la nation arc-en-ciel. Si vous passez par ici un de ces jours, je vous invite à visiter « The Apartheid Museum ».

Et puisque, je loge actuellement dans l’enceinte de l’African Leadership Academy, ce serait une omission impardonnable de ne pas présenter cette remarquable académie qui rassemble depuis cinq ans déjà les meilleurs élèves africains, futurs leaders du continent. Ce sera également l’occasion d’en savoir plus sur le rendez vous annuel d’Anzisha Prize, le concours qui récompense les jeunes talentueux entrepreneurs d’Afrique.

De retour sur Dakar, plusieurs autres titres seront traités dont :

  • les TIC avec notamment le Mozilla Firefox Day 2013, les journées/expositions organisées par le JETIC ;
  • les multiples séminaires que nous avons eus cette année particulièrement celui intitulé : « les théories de l’attachement » -attention chers parents, ce billet vous est dédié- ;
  • dans le chapitre Causes, la campagne « 5 years too many » et les 114 conférences des jeunes à travers le monde…
  • sans oublier la suite de notre randonnée socio-culturelle en terre du « Sénégal, Terre de la Téranga ».

Voilà, c’est la rentrée, l’emploi du temps est annoncé. Il est temps de vous munir de vos bloc-notes et stylos et n’hésitez pas à apporter vos contributions comme d’habitude.

C’est parti pour un peu d’Ayobaness (2) !

NathyK
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(1) : salutations en différentes langues sud-africaines.
(2) : expression de joie et d’excitation.

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Article : Mr Guillaume Soro rencontre la communauté ivoirienne au Sénégal
Sénégal
16
15 juin 2013

Mr Guillaume Soro rencontre la communauté ivoirienne au Sénégal

Il y a tout juste quelques jours, nous avons été invités, Seydou Badiane et moi, par notre ami Moussa Bamba, mondoblogueur et community manager attaché à l’Assemblée Nationale de la Côte d’Ivoire, à assister à la conférence de presse de Mr Guillaume Soro qui était prévue à 9h, ce vendredi 14 Juin 2013 à l’Hôtel Terrou Bi de Dakar. Malheureusement, cet événement a été annulé. Mais nous ne sommes pas restés sur notre faim car nous avons pris part à 12h30, à la rencontre qui a eu lieu entre la communauté ivoirienne du Sénégal et son Excellence, Mr Guillaume Soro, Président de l’Assemblée Nationale de Côte d’Ivoire.

SE Guillaume Soro et l'Ambassadeur
SE Guillaume Soro et l’Ambassadeur Kassaraté à Dakar.       NathyK ©

Nous rappelons que Mr Guillaume Kigbafori Soro a été le Secrétaire Général des Forces Rebelles de Côte d’Ivoire pendant plusieurs années. Il a occupé la fonction de Premier ministre de son pays de 2007 à 2012, avant de finalement endosser son rôle actuel. Ce blog étant apolitique, nous nous limiterons à relater objectivement les événements qui nous ont été donné d’assister sans entrer dans des considérations partisanes.

Je me souviens encore du jour où le résultat des élections de la Côte d’Ivoire a été annoncé. Je félicitais tous mes amis ivoiriens, croyant que l’heure du renouveau avait sonné pour eux, et que le pays allait enfin entrer dans une ère pacifique, consacrée au développement et à la réunification. Les événements meurtriers qui ont suivi ont coupé court à mes espoirs, du moins temporairement. Je n’aurai jamais imaginé me trouver en face de Mr Guillaume Soro qui a joué un grand rôle, quel qu’il soit, durant la crise politique et socio-économique qui a secoué son pays il y a tout juste trois ans. C’est donc avec grand intérêt que j’ai pris les notes qui vont suivre, pour les retransmettre le plus fidèlement possible à nos lecteurs.

L’Ambassadeur et chef de la mission diplomatique de la Côte d’Ivoire au Sénégal a été invité par Mr Richard Lorou, chargé des affaires consulaires et chef du protocole pour la circonstance, à prononcer la cérémonie d’ouverture. Mais le Général Édouard Kassaraté a été très bref, préférant laisser la place à l’interlocuteur suivant : la Présidente de la Fédération des Amicales des Ressortissants Ivoiriens au Sénégal (FARIS). C’est un discours fort, clair et émouvant que Mme Emma Sogoba nous a livré.

Après avoir adressé un « akwaba » à Mr Guillaume Soro au nom de toute la communauté ivoirienne, elle a présenté cette association qui est apolitique, laïque et composée de neuf amicales riches de par leur diversité et du dynamisme qui anime ses membres. Après un état des lieux, elle a déclaré que la fédération possède actuellement un fonds de solidarité qui s’élève à 10 millions de FCFA et qui peut être mis au bénéfice des membres porteurs de projets.

Elle a également évoqué l’aspect culturel avec notamment l’organisation des journées ivoiro-sénégalaises qui ont pour but principal de raffermir les liens entre les ivoiriens au Sénégal et entre ces derniers et leurs frères sénégalais. D’autant plus que cette amitié existe depuis très longtemps, quand l’on sait que plusieurs dignitaires ivoiriens, du Président de la République à l’Ambassadeur ici présent ont fait leurs études au Sénégal.

Elle a enfin souligné la volonté de la diaspora ivoirienne que ce soit de ceux qui investissent dans le secteur privé, des opérateurs économiques ou même des étudiants, à devenir des acteurs du développement de leur pays chèrement aimé. Mais le sujet qu’elle a abordé avec un pic d’émotion, c’est le vœu de réconciliation entre tous les fils et les filles de la Côte d’Ivoire et pour clôturer sur cet aspect important, elle a remercié le Tout-Puissant.

Guillaume Soro
Guillaume K. Soro
Source : Wikimédia Commons

Ce fut au tour de Mr Guillaume Soro de faire son allocution. Après avoir présenté tour à tour les membres de sa délégation, il a révélé à la communauté ivoirienne le but de sa visite au Sénégal. En effet, il a été invité par son homologue le Président de l’Assemblée Nationale du Sénégal, Mr Moustapha Niasse – qui fut aussi Directeur du Cabinet du Président Senghor – dans le but de travailler ensemble pour renforcer les liens qui doivent unir leurs deux institutions. Il a souligné l’accueil chaleureux qu’il a reçu, notamment avec le dîner qui a été organisé la veille par le parlement sénégalais.

Mr Soro, de façon inattendue s’est détaché de son texte pour expliquer à ses compatriotes le lien d’amitié et de solidarité qu’il partage avec l’Ambassadeur, le Général Kassaraté. Voici ses termes : « C’est le Colonel Kassaraté à l’époque qui me cachait quand j’étais pourchassé. Il a brouillé les pistes pour qu’on ne me retrouve pas ». Il a continué ses éloges en disant que le Général Kassaraté était une personne qui savait exprimer son opinion même si ça pouvait le mettre en danger, et surtout qu’il n’a jamais participé aux tueries en faveur d’un camp ou d’un autre. Il a toujours incité ses hommes (de la gendarmerie) à se retenir : « Il est resté républicain et apolitique… et a évité à sa façon un plus grand bain de sang. »

Ensuite, Mr Soro a parlé de son audience avec Son Excellence Mr Macky Sall, Président de la République du Sénégal, qui l’a reçu comme un frère en lui disant : « Nous sommes de la même génération » et l’a décoré de la plus haute distinction de l’Ordre National du Mérite Sénégalais. Il a exprimé toute sa reconnaissance et a promis de rendre compte au Président Ouattara.

C’est alors qu’il est entré dans le vif du sujet en faisant état de quelques travaux effectués entre les deux parlements ici à Dakar et il en a profité pour apporter un message particulier aux ivoiriens :

  • La question de la parité : « J’irai à Abidjan, expliquer aux hommes qu’il faut accepter de faire avec la parité. Ici, ils le font et ça marche très bien. Nous en Côte d’Ivoire, nous n’avons que 25 femmes sur un total de 255 députés. C’est même moins de 10% ! »
  • Le message d’apaisement et l’appel à la fraternisation : « Nous devons prendre les leçons de démocratie que nous donne le Sénégal. C’est l’un des rares états à n’avoir jamais connu un coup d’état. On n’a pas eu (en Côte d’Ivoire) cette intelligence, cette sagesse de savoir respecter la décision du peuple. Arrêtons de donner ce spectacle d’ivoiriens divisés, déchirés, catégorisés, frappés par la censure de la religion. Ici, ils ont une cohabitation pacifique et intelligente des religions. Ce pays (le Sénégal) a connu un président chrétien, un président musulman invariablement. C’est ce qu’on doit cultiver en Côte d’Ivoire. Les divisions en Côte d’Ivoire sont superficielles et entretenues artificiellement sinon dans les villages pourquoi les habitants, les ethnies ne se battent pas à l’occasion des élections ? C’est seulement en lisant la presse qu’on a l’impression qu’il y aura une guerre à 15 h à Abidjan ! »
  • L’appel au développement économique du pays : « Faisons moins de politiques, moins de discours, d’idéologies qui ne nous donnent pas à manger, mais plus d’économie. Il faut le développement économique, la création des richesses et d’emplois pour les jeunes. En 1953, après la guerre en Corée du Sud, rien n’existait, c’était un pays pauvre, même la Côte d’Ivoire était en avance sur la Corée. Aujourd’hui, la Corée est dans les dix premières puissances du Monde parce qu’ils ont décidé de travailler. Ils parlent d’investissement et non de création de partis politiques ! »

Ce discours ouvert et simple de Mr Soro s’est achevé sur sa demande de collaboration entre tous les ivoiriens de la communauté, sous la direction de l’Ambassadeur qui est « un connaisseur » et une invitation à travailler main dans la main avec les sénégalais pour le développement de la sous-région.

La note humoristique de ce rendez-vous officiel fut l’intervention du Président de l’Amicale des Étudiants et Stagiaires Ivoiriens au Sénégal (AMESIS), bousculant pratiquement le programme prévu par le protocole. Cette amicale forte de 2000 étudiants a souhaité offrir une distinction et un souvenir à Mr Guillaume Soro en lui rappelant son rôle d’ancien Leader d’étudiants (NDLR ancien dirigeant du FESCI et du FIEF). Ils en ont profité pour formuler leur doléance : « Nous n’avons plus de ressources financières… nos caisses sont vides… nous demandons à Mr Soro d’être le parrain de la quatrième journée de l’AMESIS… grâce à vous, nous espérons voir le bout du tunnel ». Plus tard, dans les coulisses, le Président de cette amicale, Mr Dominique Bindé m’a révélé qu’ils ont reçu en fin de compte, la somme d’un million de Francs CFA.

Cet après-midi chargé prit fin sur une mini-interview improvisée par des journalistes et un cocktail copieux. Mon ami Seydou qui avait assuré le Live Tweet durant la rencontre, a eu la surprise de voir son tweet repris par Mr Soro quelques minutes plus tard :

@SOROKGUILLAUME Rencontre avec la communauté ivoirienne au Sénégal #kebetu @Dakar pic.twitter.com/j81AYMW5lB

— Seydou Badiane (@seybalogos) June 14, 2013

 

Par Nathalie Kangami

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Article : Art-thérapie : rencontre avec la réalisatrice Aline Moens
Santé Mentale
8
1 juin 2013

Art-thérapie : rencontre avec la réalisatrice Aline Moens

Entre l’hospitalisation en phase aiguë et le retour du patient psychiatrique dans son environnement habituel, à ses activités antérieures ou parfois dans le but de favoriser son adaptation dans un mode de fonctionnement nouveau, le pont de la réinsertion et de la réhabilitation est plus que nécessaire. C’est dans ce cadre que l’art-thérapie s’inscrit.

Cette semaine, à l’atelier d’expression du service de Psychiatrie du CHNU de Fann, je suis allée à la rencontre de deux art-thérapeutes : Aline Moens, animatrice d’atelier et réalisatrice de film d’animation, travaillant à l’atelier Graphoui en France et Armin Kane, plasticien, et assistant de Alassane Seck, le responsable de Rescap’Art.

Arts plastiques
Tableau, Arts plastiques                                                       – Armin Kane ©

Le but de la visite d’Aline au Sénégal est de visiter notre atelier et de prendre les contacts qui lui permettront de réaliser un projet de film d’animation, en collaboration avec l’équipe de Fann, en 2014. À cette occasion, nous avons visionné quelques précédentes réalisations d’Aline :

1. Heures animées est un atelier de dessin animé de 20 minutes, créé par les patients atteints de pathologies mentales. Chacun exprimant de la façon la plus naturelle, sa manière de percevoir la vie ou « ses heurts ». Il faut être particulièrement attentif pour suivre le fil de la pensée du patient et ce qu’il veut transmettre à travers ces images.

Les scènes mettent en mouvement les dessins des patients au fur et à mesure que chaque trait est exécuté. Armin explique qu’il s’agit de la technique de pixilation, qui peut nécessiter jusqu’à 7OO clichés pour obtenir 40 secondes de film.

Pour lui, le cinéma d’animation a une dimension artistique plus parlante que la forme de cinéma à laquelle nous sommes habituellement exposés. Chaque scène est commentée par le patient lui-même ou si jamais, il se montre réticent, ses phrases enregistrées en privé sont reprises par une voix différente.

   2. J’annonce est un ensemble de 4 films mis sur pied par la plateforme Prévention SIDA en partenariat avec l’atelier Graphoui. Ce projet a été réalisé par le GRECOS (groupe de réflexion et de communication sur la séropositivité), Aline Moens et Thibaut Verly. Deux présentations ont attiré mon attention :

  • La première est celle d’une jeune Camerounaise très radieuse, qui a failli sombrer dans la dépression après l’annonce de sa positivité au test du VIH. Elle criait à qui voulait l’entendre qu’elle était séropositive, et ce surtout si un homme se hasardait à lui faire des compliments sur son physique. Elle a fini par reprendre goût à la vie, elle s’est mise à chanter et à faire du spectacle. C’est à ce moment qu’elle s’est sentie plus en vie que jamais.
  • La deuxième est celle d’un couple de personnes infectées par le VIH, qui ont décrit les remarques négatives et discriminatoires que leurs proches faisaient aux personnes comme eux : « quand j’étais avec mon ex-copine, je me souviens avec tristesse du jour où elle m’a dit, si on brûle tous les séropositifs, on n’ aura plus de SIDA sur la terre ». Ce type de préjugés les a découragés à tel point qu’ils se sont promis de garder leur secret pour eux. Sur le film, on voit à la place de leurs visages, les mains de chaque personne qui dessinent grossièrement sur un miroir, à l’aide d’un feutre noir, le visage de son partenaire.

Pour voir le film en entier, cliquez ici.

Par la suite, nous avons eu une discussion intéressante et riche. Le but de notre entretien était d’une part de consulter sur leur projet, d’autre part de savoir de quelle manière l’art-thérapie peut aider un patient à trouver sa voie, à se reconstruire, et aussi à quel point ces exercices d’ouverture de soi peuvent aussi être bénéfiques pour le thérapeute.

À cet effet, Aline dit que ce travail lui permet de « dissoudre les différences, les séparations entre les gens » et de comprendre que « la réalité c’est des mondes et des mondes, le monde de chacun mêlé au monde de chacun ». Armin quant à lui insiste sur la liberté d’expression qui permet au patient de se redécouvrir et l’effet de groupe créé dans l’atelier qui aide à la réinsertion sociale.

Nous vous proposons de suivre cette conversation en intégralité :

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Pour en savoir plus sur l’atelier Graphoui :

https://www.graphoui.org/

 

~°~

NathyK

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La Terre n'est qu'un seul Pays

Auteur·e

L'auteur: nathyk
Femme, Épouse, Mère, Citoyenne, Scientifique, Poète, Passionnée, Souriante, Spirituelle, Ouverte,..., et Gentille ! Nathalie Mbenda Kangami voit le jour un bel après-midi de 19 Mai à Douala - capitale économique du Pays des Crevettes. Au cours des années 2000, elle poursuit une formation de Médecine Générale à Antananarivo, Madagascar. Par la suite, elle s'installe avec sa famille à Johannesburg, Afrique du Sud. Après trois ans d'expérience sud-africaine dont six mois dans le Royaume du Swaziland, elle décide de s’envoler pour le Sénégal afin de poursuivre une spécialisation en Psychiatrie à l'Université Cheikh Anta Diop de Dakar. Pour cette passionnée de l’Afrique, du Monde et de ses cultures, la vie est une belle aventure qui s’égrène chaque jour avec passion, légèreté et humour.

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